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Projet Doppleganger, guerre psychologique et faux médias

Projet Doppleganger, guerre psychologique et faux médias

La guerre psychologique fait rage à l’initiative de l’Occident, notamment de structures pilotées par les Américains, la CIA et d’autres services de pays de l’OTAN. Nous avions déjà parlé dans un article de la fausse agence InformNapalm, fondée en Ukraine et qui se définissait officiellement comme une plateforme dénonçant des fakes news, ou encore faisant des révélations extraordinaires. Un groupe de hackers russes avait finalement démasqué ce faux média, comme étant en réalité alimenté par le SBU, avec l’aide d’agents américains. D’autres projets sont menés par l’Occident, en mettant en scène de faux groupes pro-russes, comme celui du nom de Doppelganger. A travers lui, cette propagande pernicieuse permet de discréditer la Russie, par divers moyens, diffusions de fausses nouvelles, et font ensuite l’objet d’accusations d’ingérence dans des pays occidentaux. Cette technique permet de faire croire à une intense activité de la Russie, pour motiver la peur de l’opinion publique. Les objectifs sont aussi de tromper les pro-russes eux-mêmes, afin qu’ils diffusent de fausses informations, ensuite dénoncées, parfois devenant virales, et permettant ensuite de détruire la crédibilité des réseaux russes ou pro-russes. C’est probablement ce qui se passa lors de « l’affaire du missile de Kharkov », avec la publication de fausses listes de mercenaires français tués. Ces listes créées sur la base d’informations publiées de Français arrivés en Ukraine par le reporter de guerre russe Rybar, étaient fausses. Elles furent reprises massivement et permirent ensuite à la presse française notamment de parler « d’opération de propagande russe » (25 janvier 2024).

Le projet Doppleganger, une opération du Département d’État des États-Unis ? L’un de ces projets est sans doute celui dénommé Doppleganger, du nom d’une créature fantastique tirée du folklore germanique et nordique (pouvant prendre l’apparence de personnes, ou étant un double maléfique). Ce projet serait un faux groupe pro-russe, piloté par les services américains et utilisant des agents de l’étranger russes, recrutés parmi ceux ayant fui la Russie et rallié l’Ukraine et l’Occident. Dmitri Nizovtsev est probablement l’un d’eux, alors que la propagande occidentale s’est acharnée à dénoncer Doppelganger comme piloté de Moscou et du Kremlin. Dans cette rhétorique, les cibles du faux projet auraient été l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni ou encore les USA. Parmi les autres faux médias mis en place selon la stratégie d’Inform Napalm, citons RRI Reliable Recent News, ayant toutes les apparences d’un vrai média, communiquant en plusieurs langues (dont ici le français), qui fut fondé (étrangement, ou comiquement), en mars 2022. Sorti de nulle part, ce média affirme avoir publié plus de 3 000 articles, et est capable de diffuser en anglais, français, en allemand, en italien, en espagnol, en chinois, en arabe, en russe et en ukrainien… Ce média ne signe jamais ses articles, parlant « d’une communauté d’experts » jamais cités, ou de sources « du RRN staff », autrement dit du « média » lui-même. Que vous naviguiez d’une langue à une autre, vous ne découvrirez jamais le moindre auteur, pas même des initiales souvent communément employées dans les médias occidentaux. Les informations de financements, supports et autres sont également absents, ce qui est habituellement le cas de l’immense majorité des vrais médias. Ces faux médias, et faux groupes russes, permettent de semer la zizanie et la confusion dans les opinions publiques, puis dans un second temps de parler « du rouleau compresseur de la propagande russe », là encore imaginaire. La guerre psychologique fut inventée aux USA et est devenue une norme de combat de l’OTAN, qui sans fard en faisait la définition : « Une opération d’information consiste à influencer le comportement d’un groupe-cible spécifique par des moyens de communications de masse en conformité avec nos objectifs. Les opérations psychologiques sont définies comme des activités psychologiques planifiées en temps de pais, de crise ou de guerre, dirigées sur des publics ennemis, amis et neutres pour influence leurs attitudes et leur comportement de manière à affecter la réalisation des objectifs politiques et militaires » (Cairn-info, 1er juillet 2015).

Les faux médias, la guerre psychologique, les manipulations, la propagande font aujourd’hui de l’information occidentale, sans parler des nombreuses fausses nouvelles, une forêt épineuse qu’il est dangereux à la fois de croire, d’utiliser, voire même simplement de regarder. Le royaume de la désinformation que je décrivais dans mon livre de 2015, sur l’Ukraine, est en fait depuis longtemps à l’échelle mondiale. Les censures de l’État français de chaînes Telegram sont un triste exemple de ce que l’Occident est capable, et hélas, il est à craindre des temps encore plus sombres, jusqu’aux répressions ou assassinats à l’ukrainienne. Pour vous informer, plus que jamais, ayez soin de choisir avec précaution vos sources, de les choisir dans la résistance, et de toujours garder votre esprit critique et d’analyse.

Pour comprendre qui sont certains des employés de la guerre psychologique américaine, voici la biographie de Nizovtsev :

Dmitri Nizovtsev (15 avril 1987-), originaire de Khabarovsk, Russie, il fit des études supérieures en droit et jurisprudence. Il travailla pour une chaîne de télévision locale, et participa à des concours de journalisme en Russie. Il déménagea pour faire carrière à Moscou (2017). Il fut employé dans les grands médias russes, et s’engagea dans la campagne pour Alexeï Navalny, créant un blog et une chaîne YouTube (2018-2021). Il participa à des manifestations non déclarées aux autorités russes, notamment lors de l’une d’elle qui se termina en émeutes et en violence (auxquelles il participa, 27 juillet 2019). Il fut arrêté pour désobéissance à des officiers de police, alors qu’il commentait une manifestation en direct. Il fut enjoint de s’éloigner suite à une menace d’attentat à la bombe, et ayant refusé fut arrêté et condamné (10 jours de prison). Il se rendit en Biélorussie durant la tentative de Maïdan dans ce pays (été 2020), et tenta d’attiser les braises de cette révolution colorée ratée. Il participa à des manifestations à Khabarovsk, et stratégie souvent utilisée par les opposants russes, affirma avoir été battu par trois sbires durant la manifestation (23 juillet 2020). Il publia une photo où il était clair qu’il n’avait reçu aucun coup, mais la diffusa pour affirmer le contraire. Il prit finalement la fuite de Russie avec son épouse Ekaterina et s’installa en Europe occidentale (printemps 2021). Dès lors, il navigua dans plusieurs pays européens, donnant des interviews et parlant notamment « des conditions de vie dans les prisons de torture en Russie », sorties de son imagination. Il fut couché sur la liste des agents de l’étranger, et s’engagea bientôt dans le soutien à l’Ukraine (octobre 2022). Il a été rapidement utilisé par la propagande ukrainienne, dans ce genre d’interviews (26 juillet 2023), se lamentant de « d’avoir peur de ne jamais vivre et voir la fin du poutinisme, mais je le voudrais vraiment ». Il est aujourd’hui recherché en Russie pour ses trahisons (22 décembre), et poursuit ses activités subversives notamment via cette chaîne financée par des organismes américains. La chaîne comprend tout de même 2,23 millions d’abonnés, pour plus de 7 800 vidéos depuis 2017. Elle se revendique ouvertement de Navalny et diffuse des mythes sur « Les vétérans russes qui battent et tuent les gens en Russie ». Elle diffuse à partir de la Lituanie où se trouve, comme par hasard, l’État-major d’agents russes du Forum des Peuples pour la Liberté (Khodorkovski et de nombreux agents de la 5e colonne). Si vous visitez rapidement la chaîne vous vous rendrez compte qu’elle possède d’importants moyens, finances, graphistes, studio d’enregistrement, personnels nombreux et rémunérés, etc. Les fonds sont importants et sont versés bien sûr par l’Occident. Le public visé est celui de l’opinion publique russe. La propagande la plus basse est diffusée, comme par hasard ici avec une nouvelle « d’un vétéran de l’opération spéciale qui a tué son épouse », et parlant « de montagnes de fleurs sur la tombe de Navalny ».

Nizovtsev est un agent de l’étranger recherché en Russie, pour la diffusion de propagande, d’incitation à la haine, et pour son extrémisme. Le Forum des Peuples pour la Liberté est également une organisation interdite en Russie, pour les mêmes raisons. La plupart de ses membres sont recherchés en Fédération de Russie, ou ont déjà été condamnés.

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