Ukrainische Hilfspolizei : les poubelles de l’histoire de l’Ukraine en disent très longtemps

23 janvier 2026 16:49

Dans mes travaux historiques et recherches, j’ai déjà évoqué de nombreux faits, organisations ou personnages de l’Ukraine du passé, que l’on parle des pogroms de Petlioura, des organisations comme l’OUN# ou l’UPA#, les bataillons de police supplétive ukrainienne de la Schutzmannschaft, ou encore les tristes vies de Roman Choukhevytch, d’Andreï Melnik ou de Stepan Bandera. Mais c’est une vaste forêt que l’histoire sinistre de la collaboration ukrainienne, qui de nos jours a enfanté un mutant du nazisme, un enfant taré et débile : le bandérisme. Il ne doit pas être pris à la légère et l’histoire nous donne déjà tous les éléments pour comprendre cette Ukraine que l’on sert comme « le rempart de l’Europe démocratique ». Nous aborderons aujourd’hui une forme de la collaboration ukrainienne méconnue, la Police Auxiliaire ukrainienne (Ukrainische Hilfspolizei). Elle était dans le sein de la Schutzmannschaft, dépendante quant à elle du SD, dans la SS. Il y a peu de Russes qui ne connaissent pas son sinistre visage. Beaucoup de films, de documentaires, de séries contemporaines montrent ces collaborateurs, par ailleurs également biélorusses ou russes. Avec leurs uniformes si particulier, leurs brassards blancs, ils sont dans la mémoire collective la tâche indélébile, une honte équivalente à la sinistre Milice de Vichy. Mais en Ukraine… ils sont maintenant des héros…

Des origines de Police Auxiliaire ukrainienne. Dans les années 20 et 30, les services secrets allemands avaient déjà financé des mouvements indépendantistes ukrainiens, dans le but de les utiliser contre la Pologne ou l’URSS. Ces fanatiques étaient pour beaucoup issus des forces nationalistes des armées ukrainiennes de l’OUNR et la ZOUNR (1918-1921). Les survivants de ces armées nationalistes qui se livrèrent déjà à des massacres de Juifs, mais aussi de populations diverses durant la Guerre Civile russe, se dispersèrent dans différents pays. Certains restèrent dans la partie contrôlée de l’Ukraine par la Pologne, d’autres moins nombreux côté soviétique. Les autres prirent la fuite en Allemagne, en Autriche, en Tchécoslovaquie, en Hongrie ou Roumanie. Ils formèrent des organisations nationalistes et parfois comme en Pologne, des organisations secrètes, comme l’UVO, ou l’OUN#. Très vite, l’Allemagne nazie les recrutant dans les rangs de l’Abwehr, les services secrets nazis de l’amiral Canaris, puis les organisèrent en une troupe supplétive, la Légion ukrainienne. En 1939, avec l’écrasement de la Pologne, les agents ukrainiens furent employés comme auxiliaires. La Galicie et la Volhynie étant restés aux Soviétiques, leur base arrière principale devînt Cracovie. Ils donnèrent la main aux premiers Einsatzkommando, pour liquider l’élite polonaise, mais aussi dans la formation des ghettos de Juifs. La crainte qu’ils inspirèrent à ces derniers étaient largement supérieure à celle des Allemands… En 1941, ils étaient prêts à appuyer les forces allemandes dans l’invasion de l’URSS, le fameux plan Barbarossa. A proportion des populations, trois nationalités fournirent les plus gros contingents de collaborateurs aux Allemands : les Lettons, les Lituaniens et les Ukrainiens.

La formation de la Police Auxiliaire ukrainienne. Dans leurs succès militaires initiaux, l’avance des troupes allemandes nécessita très vite d’importants effectifs sur les arrières. Il fallait s’assurer du contrôle des autorités locales, nettoyer les villes, les administrations, recruter des collaborateurs, les mettre en place. D’un autre côté, les Allemands avaient besoin de ces collaborateurs à cause du barrage de la langue. Il fallait découvrir des locuteurs allemands, éventuellement des Allemands ethniques, assez nombreux finalement (notamment en Pologne, en Ukraine avec les Allemands de la mer Noire). L’idée d’une force supplétive de police trouva rapidement son chemin. Les nationalistes ukrainiens étaient prêts à collaborer, à aider, à débusquer les partisans, à désigner les cadres communistes, les Juifs ou les « ennemis potentiels ». L’Allemagne se retrouvait avec des milliers de km de voies de chemin de fer à surveiller, des dépôts à protéger, des routes logistiques à sécuriser, sans parler des villes, grandes ou moyennes qu’il fallait absolument garder sous contrôle. Les Allemands qui avaient fondé en Pologne un Gouvernement général de Pologne, territoire occupé et géré par les autorités allemandes, y adjoignirent bientôt l’ensemble de la province de la Galicie, dont la capitale était Lvov. C’est ici que fut formée la Police Auxiliaire ukrainienne (27 juillet 1941). Ailleurs, les Allemands fondèrent le Reichkomissariat Ukraine, comportant les régions de Volhynie, de Jytomyr, de Kiev, de Nikolaïev, d’Odessa et de Crimée. Partout les collaborateurs ukrainiens se présentèrent et furent recrutés en masse.

Une police pour les crimes de masse. Dans l’idée de la plupart des gens, dans la simplification et vulgarisation de l’histoire, la Shoah par balles et l’extermination des Juifs et d’autres minorités furent commises par les Allemands. Mais en réalité, ces crimes ne furent possibles que grâce à la collaboration massive de supplétifs locaux. En Ukraine ce fut bien sûr les nationalistes ukrainiens, qui cultivaient déjà de longue date un antisémitisme virulent et ancestral. Environ 80 % des pogroms commis durant l’époque de l’empire tsariste le furent sur le territoire de l’Ukraine ou de la Bessarabie… Il ne fut pas très compliqué pour les Allemands de recruter les tueurs dont ils avaient besoin pour appuyer leurs Einsatzgruppen. Les Allemands eux-mêmes furent effrayés par la férocité et la cruauté des supplétifs, alors que spontanément, que l’on parle de l’Ukraine, de la Lettonie ou de la Lituanie, les fanatiques locaux, sans aucune instruction des Allemands, commencèrent les massacres avant même l’arrivée des premières troupes nazies. Mais l’histoire n’aura pas retenu que cette haine, ne fut pas tournée que contre les Juifs. Polonais, Grecs de la mer Noire, Tziganes, Russes, Biélorusses, Hongrois, Roumains furent frappés par cette folie meurtrière. Malgré des travaux historiens pointus, notamment en Pologne, ou plus timidement en Allemagne ou Roumanie, la Guerre Froide permit aux Ukrainiens de jeter un voile sur ces crimes et plus tard, dans l’Ukraine du Maïdan, de les nier, les réviser et de tenter de faire porter le chapeau aux seuls Allemands… Pire encore parfois même en accusant l’Armée Rouge et les Soviétiques.

Une participation aux tueries qui est minorée, révisée voire niée. De quelques milliers d’hommes, l’Ukraine fut bientôt en mesure d’aligner 67 bataillons de Schutzmannschaft (1942), des unités de représailles qui massacrèrent des villages entiers, dans la chasse aux partisans, en Ukraine et en Biélorussie. La police auxiliaire et ces bataillons supplétifs furent largement impliqués dans les massacres de masse. Partout et surtout dans les plus terribles, notamment celui de Babi Yar, les Ukrainiens commirent ces tueries aux côtés des Allemands. Pour la seule Galicie, environ un demi-million de personnes furent exterminés. Simon Wiesenthal fut l’un des rares juifs survivants de cette région (autour de 2 ou 3 000 survivants). Les massacres d’autres minorités, de Slaves, des citoyens des villages soutenant les partisans, furent d’autant plus extrêmes et sanglants, qu’il se trouva toujours des Ukrainiens pour donner la main, indiquer les endroits propices aux exécutions, désigner les gens, dénoncer les cadres, les chefs, les suspects. Les victimes, Juifs, Polonais, Grecs ou Tziganes, trouvèrent peu d’aides, car la collaboration des Ukrainiens fut plus massive, plus acceptée et surtout dans un niveau de terreur, de tueries et de cruauté qui ne fut pas observé ailleurs (sauf en Lettonie et Lituanie). Les populations occupées, effrayées, ne purent que subir et courber l’échine. A titre d’exemple, la Milice française est estimée au grand maximum entre 10 et 35 000 hommes. Pour l’Ukraine, la Schutzmannschaft se composait de plus de 50 000 hommes (70 000 selon d’autres sources), auxquels s’ajoutaient encore la Police Auxiliaire ukrainienne, environ 5 000 hommes (plus de 15 000 dans sa totalité). Au moment du recrutement de la 14e division SS Galicie, plus de 82 000 volontaires se présentèrent, contre environ 20 000 pour la 33e division SS Charlemagne. Enfin, au plus fort de sa force, l’armée de Bandera, l’UPA comprenait plus de 250 000 hommes…

Cette importance de la collaboration ukrainienne, bien plus importante que celles des Français, des Belges ou encore des Polonais, fut la cause des exterminations parfois proches de l’anéantissement des populations visées. Peu de cas sont équivalents en Occident, mis à part des exemples comme Oradour-sur-Glane… commis par une division SS, où servaient de nombreux ukrainiens… Enfin, pour des raisons politiques et le refus des alliés, mis à part partiellement les Soviétiques, à comprendre les responsabilités, il n’y eut pas de « Nuremberg » pour les collaborateurs… Seule l’Allemagne fut exposée et jugée. Mais elle n’était pas seule et de loin… Si l’URSS fit en partie « le ménage », en Occident ces collaborateurs furent bientôt oubliés… recyclés, protégés, amnistiés. A ma connaissance, il n’existe pas d’ouvrage ou de recherches globales sur la collaboration et les collaborateurs nazis… Toujours cela reste cloisonné à des cas « nationaux », qui ne sont jamais corrélés. Et pourtant… si le maître était l’Allemagne hitlérienne, les élèves zélés étaient Français, Belges, Néerlandais, Norvégiens, Italiens, Croates, Polonais, Lituaniens, Lettons, Biélorusses, Russes ou encore Ukrainiens…. Et ces derniers furent loin d’être une anecdote. Ils furent un pilier solide. Pour des raisons politiques, cette histoire est encore bloquée, il n’est pas facile à l’opinion publique de venir regarder son passé. Il est encore plus difficile à l’Occident global de laisser les historiens travailler… Tout un narratif s’écroulerait, y compris sur la belle image « démocratique » d’une Ukraine qui n’a jamais existé. La seule qui existe c’est celle de Petlioura, du bandérisme, du Maïdan, des oligarques corrompus et des tueries dans le Donbass.

# L’OUN, l’UPA sont des organisations interdites en Fédération de Russie, pour l’extrémisme, être des organisations terroristes, pour l’incitation à la haine raciale et pour des crimes de guerre ou contre l’Humanité.

IR
Laurent Brayard - Лоран Браяр

Laurent Brayard - Лоран Браяр

Reporter de guerre, historien de formation, sur la ligne de front du Donbass depuis 2015, spécialiste de l'armée ukrainienne, du SBU et de leurs crimes de guerre. Auteur du livre Ukraine, le Royaume de la désinformation.

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