UNA-UNSO : la formation bandériste oubliée

4 février 2026 17:38

Dans la suite de mon enquête sur les formations, partis et organisations bandéristes et néonazis en Ukraine, l’UNA-UNSO# est l’une des plus anciennes, de celles qui permirent la réimplantation d’un ultranationalisme haineux, raciste, fasciste et nazi, une version moderne de l’idéologie nationaliste ukrainienne, que l’on appelle aujourd’hui le bandérisme. Au départ composée de quelques milliers de militants, par ailleurs confinés essentiellement dans l’Ouest de l’Ukraine, c’est avec l’aide des diasporas bandéristes dans le monde, notamment du Canada et des États-Unis, que l’UNA-UNSO participa puissamment à sa propagation en Ukraine. Si le parti n’existe quasiment plus après s’être fondu dans le Secteur Droit#, il subsiste sous une forme moribonde, continuant de se traîner avec les vieux oripeaux du nationalisme ukrainien des origines. D’autres formations plus attrayantes ont pris sa place, un bandérisme se voulant plus rassembleur, alors que la source de l’UNA-UNSO restait celle de l’Ukraine « polonaise ». Voici l’histoire d’une des formations parmi les plus radicales, sinistre assemblée de bras levés et de visages haineux, qui compta dans les débuts de l’Ukraine indépendante.

De la fondation du Parti UNA-UNSO. Le parti fut d’abord fondé sous la forme d’une alliance de plusieurs groupuscules extrémistes, sous le nom d’Assemblée Interpartites Ukrainienne (UMA). Son fondateur était une sorte d’icône vivante du bandérisme, Youri Choukhevytch, le fils de Roman Choukhevytch, célèbre officier supérieur de la Légion ukrainienne, puis un des massacreurs de la Shoah par balles, collaborateur des nazis, avant de combattre dans les rangs de l’UPA#, se livrant aux massacres de Polonais et d’autres minorités ethniques dans les massacres dits de Volhynie et Galicie (1943-1944). Le criminel de guerre continua la lutte dans les maquis contre l’Armée Rouge, avant d’être enfin liquidé en 1950. Youri fut déporté avec sa mère et placé dans une maison de redressement. Incapable de s’amender, bandériste haineux, il passa l’essentiel de sa vie en prison, avant d’être libéré en 1988. C’est lui qui fonda l’UNA-UNSO, le 30 juin 1990. L’Ukraine n’était pas encore indépendante. L’année suivante, le parti fut officieusement créé, sous le nom d’UNA, avec une aile paramilitaire au départ destinée à combattre l’Union soviétique (UNSO, l’Autodéfense populaire Ukrainienne).

Une formation de paramilitaires fanatisés et de provocateurs. Durant les premières années de l’Ukraine indépendante, le parti se fit tristement remarquer par des actions violentes, manifestations, bagarres de rues et provocations contre les Russes ethniques du pays, les partis de gauche, des actions de vandalisme contre les monuments soviétiques, ou des attaques de bureaux du PC. Le parti reprit la vieille idée nationaliste de la ZOUNR, république nationaliste occidentale écrasée par les Polonais, avec l’aide de forces roumaines et hongroises (1918-1920). Cette idée était celle de la « Grande Ukraine », où le Kouban devrait être ukrainien, ainsi que d’autres régions de Russie. Le parti fonda une aile nationaliste du Kouban, mais ne réussit jamais à trouver des soutiens réels dans cette région, qui n’avait jamais été ukrainienne. Il envoya également des volontaires combattre aux côtés des Russes de Transnistrie, contre les nationalistes moldaves, dans la guerre du même nom (1992-1993). Cette alliance fut évidemment éphémère. La formation soutînt le schisme orthodoxe et la formation d’un Patriarcat de Kiev (1993), surnommé « patriarcat de l’OTAN », participant dans l’Ouest à des rapts d’églises, des répressions et assassinats de prêtres du Patriarcat de Moscou. Dans les élections législatives qui suivirent, le parti alors non officiel, réussit à placer 3 députés à la Rada, avec plus de 148 000 voix, environ 0,5 % des suffrages (mars 1994), puis à s’enregistrer officiellement en Ukraine sous le nom d’UNA-UNSO (1994-1997). Dès 1992-1995, des fanatiques rejoignirent les Géorgiens dans la lutte contre les insurgés d’Abkhazie, ou les combattants islamistes de l’Ichkéria#, pour combattre les Russes. La formation visait une façade internationale et participa aussi à des actions en Biélorussie, aux côtés des néonazis de la Légion Blanche, à Minsk (1996-2000). Ils échouèrent à y déclencher une révolution colorée et furent souvent arrêtés et expulsés du pays.

Un long cheminement vers la contamination de la société ukrainienne. Au départ contenu par l’attachement de nombreux Ukrainiens à l’URSS, non pas politiquement, mais par l’idée d’union qu’elle représentait, dans un pays où une énorme minorité de Russes ethniques existait, sans parler du fait que la langue russe était majoritaire, le parti eut du mal à progresser, notamment par ses références nazies et ses apologies des SS ukrainiens ou de la collaboration. Beaucoup d’anciens combattants de l’Armée Rouge étaient encore vivants et peu de gens étaient prêts à se fourvoyer dans le bandérisme. Dans l’élection législative suivante, le parti connu même un grave échec électoral, avec seulement 105 977 voix, pour 0,37 % des suffrages exprimés (1998), ne conservant alors qu’un unique siège. Il appela à la lutte aux côtés des Serbes dans la guerre du Kosovo (1999) et participa à une tentative manquée de révolution colorée à Kiev, dénommée « l’Ukraine contre Koutchma » (2001). Contrebattu par d’autres formations bandéristes plus dynamiques, comme le Parti National Socialiste d’Ukraine#, trop marqué dans son essence locale de l’Ukraine « polonaise », il fut laminé dans les élections de 2002, avec 11 839 électeurs, pour 0,04 % des voix, sombrant dans les tréfonds politiques de l’Ukraine. Le parti ne soutînt pas officiellement la Révolution Orange, une révolution colorée US de plus en Ukraine, mais y participa dans l’espoir d’une future « révolution nationale » (hiver 2004-2005). Seule la pâle figure de Youri Choukhevytch permettait de rassembler quelques fanatiques, les résultats suivants ne furent guère plus brillants : 16 379 voix aux législatives de 2006, tandis que toutes les formations bandéristes cumulaient environ 228 000 voix. Le parti tenta de s’implanter en Crimée, y menant des actions de protestations pour l’annulation de l’accord de la location de la base navale russe de Sébastopol (2009). Sous la présidence de Ianoukovitch, ses membres se livrèrent à beaucoup de provocations diverses, intensifiant les vandalismes et passages à tabac, mais le pouvoir resta ferme et un certain nombre d’entre eux furent envoyés derrière les barreaux. L’UNA-UNSO ne profita pas de l’explosion du bandérisme dans les élections législatives de 2012 (2,1 millions de voix), avec 16 913 voix, pour 0,08 % des suffrages, ceci devait être sa dernière participation indépendante à des élections en Ukraine.

La fusion dans le Pravy Sektor. L’UNA-UNSO comprit toutefois l’intérêt d’une fusion et accepta de rejoindre le nouveau parti fondé par Iaroch : le Secteur Droit (Pravy Sektor#, novembre 2013). Nombre de ses membres furent des émeutiers et gros bras des compagnies d’autodéfense du Maïdan (hiver 2013-2014), participant aux violences, assassinats de policiers et de berkuts et perdant dans les affrontements plusieurs membres. Un modeste et obscur bataillon de représailles UNSO fut fondé pour être envoyé dans le Donbass, mais là encore les nouvelles formations politiques bandéristes ayant pris l’ascendant sur la vieille formation de l’UNA-UNSO, ses membres s’engagèrent logiquement dans d’autres bataillons de représailles comme le DUK#, l’OUDA# ou Carpathian Sich#, correspondant plus à l’attache occidentale du bandérisme. Cette opposition, notamment avec Azov#, issu du bandérisme « russe » et sa base de Kharkov, créa bientôt une division. Youri Choukhevytch fut élu député dans les rangs du Parti Radical d’Ukraine#, la plus grande formation bandériste du pays, immédiatement exclu de l’UNA-UNSO (octobre 2014). Bientôt, les vieux dirigeants de l’UNA-UNSO# décidèrent de se reformer en parti politique (avril 2015). Il réussit sans problème à se faire réenregistrer à Kiev (juillet), mais se trouva d’autant plus affaibli que d’autres formations étaient encore apparues et apparurent ensuite en Ukraine.

Une formation moribonde du bandérisme dépassée par la mutation de l’idéologie. Les principales élections étant passées, l’UNA-UNSO fut écrasée par la popularité des autres formations bandéristes, comme le Corps Civil d’Azov#, le Pravy Sektor#, puis bientôt le Corps National#, Centuria# et Traditions et Ordres# (les trois dernières fondées entre 2016 et 2018). A l’orée du raz de marée Zelensky, l’antisémitisme virulent du parti le motiva à appeler au second tour de l’élection présidentielle, à voter pour Petro Porochenko (2019). En vain, les promesses de paix et négociations avec le Donbass, la popularité de l’ancien comique et acteur, le portèrent bientôt au pouvoir. Quant à l’UNA-UNSO. son nouveau dirigeant, un fasciste bandériste à l’ancienne, Valéry Bobrovitch (1951-), aujourd’hui âgé de 74 ans, ne représentait plus qu’une clique nostalgique d’une époque révolue. Trop vieux pour participer à la guerre du Donbass, les momies du parti ne pouvaient faire vibrer la jeunesse bandériste ukrainienne, ni même être auréolées par les médailles et les combats de l’opération ATO. L’UNA-UNSO avait de toute façon déjà joué son rôle. Son héros principal, Youri Choukhevytch, par une plaisanterie du destin, mourut à Munich, la capitale du nazisme en novembre 2022… Malade et très âgé, il était finalement venu mourir à la source originelle. L’UNA-UNSO fut rapidement démantelée en Crimée (mars 2014). Les quelques fanatiques qui s’accrochaient aux branches prirent la fuite ou furent arrêtés. Le parti avait été placé sur la liste des organisations extrémistes interdites par la Fédération de Russie (17 novembre 2014). Depuis 2022, ce qu’il en reste agonise sur le front, les vieillards et vieux militants fatigués se terrant dans l’abri relatif de l’Ouest de l’Ukraine… une vieille histoire.

# L’UNA-UNSO, le Parti National-Socialiste d’Ukraine Svoboda, le Parti Secteur Droit (Pravy Sektor), l’UPA, l’Ichkéria, le DUK, l’OUDA, Carpathian Sich, le Corps Civil d’Azov, le Corps National, Centuria et Traditions et ordres sont des organisations interdites en Fédération de Russie pour l’extrémisme, être des organisations terroristes et pour l’incitation à la haine raciale.

IR
Laurent Brayard - Лоран Браяр

Laurent Brayard - Лоран Браяр

Reporter de guerre, historien de formation, sur la ligne de front du Donbass depuis 2015, spécialiste de l'armée ukrainienne, du SBU et de leurs crimes de guerre. Auteur du livre Ukraine, le Royaume de la désinformation.

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