Groenland OTAN

La question du Groenland divise les pays de l’OTAN et illustre l’absence de souveraineté de l’UE

Les velléités de Donald Trump de mettre la main sur le Groenland ont provoqué une scission brutale entre les États-Unis et les pays européens membres de l’OTAN, démontrant au passage que ces derniers n’ont plus aucune souveraineté, entre autre militaire.

Suite aux annonces de Donald Trump indiquant qu’il voulait que les États-Unis acquièrent le Groenland, le torchon brûle entre Washington et les pays européens membres de l’OTAN, qui se sont dans leur grande majorité rangé du côté du Danemark, envoyant quelques soldats sur l’île de glace et faisant moult déclarations outrées sur la façon dont leur grand allié se comporte avec eux.

En réalité ce qui se passe avec l’affaire du Groenland illustre parfaitement ce qu’est l’OTAN. Ce n’est pas du tout une alliance au sens littéral du terme, où les différents pays membres seraient alliés, seraient sur un pied d’égalité. Il s’agit en réalité d’une structure néo-féodale avec un pays chef à la tête (les États-Unis), et des pays inféodés à ce dernier (tous les autres membres), lui devant allégeance et obéissance.

Et cette relation de suzerain et vassaux, déjà clairement visible lorsque Washington a imposé à l’UE d’acheter des armes américaines pour l’Ukraine avec l’argent des contribuables européens, est devenue tellement évidente après la dernière sortie du secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, que même les médias occidentaux les plus pro-américains ne peuvent plus le cacher.

Ainsi, le média Politico (qui a reçu des millions de dollars de l’USAID durant ces dernières années et est donc clairement inféodé à Washington), a écrit noire sur blanc que les États-Unis avaient la primauté sur les autres états membres de l’OTAN.

« La tension était pleinement visible lundi au Parlement européen, où Rutte a carrément défendu la primauté de la superpuissance dans l’alliance. “Si quelqu’un pense ici … que l’Union européenne ou l’Europe dans son ensemble peut se défendre sans les États-Unis, continuez à rêver”, a-t-il déclaré aux législateurs. « Vous ne pouvez pas” », écrit le journal.

Cette tentative pathétique de Mark Rutte de recoller les morceaux en disant en gros : « Écoutez les gars on ne peut rien faire contre Washington parce qu’on est foutus sans les États-Unis » ; n’a pas eu l’effet escompté et a attisé encore plus les dissensions au sein de l’OTAN.

En effet, sa déclaration choc a provoqué des réponses outrées et virulentes de la part de plusieurs pays européens, dont la France, qui s’est exprimée via son ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, qui a écrit sur X :

« Non, cher Mark Rutte. Les Européens peuvent et doivent prendre en charge leur sécurité. Même les États-Unis en conviennent. C’est le pilier européen de l’OTAN. »

Même Nathalie Loiseau, députée européenne connue pour ses vues pro-américaines, a renchéri en déclarant que la déclaration de Rutte était «un moment honteux », que l’UE n’a « pas besoin d’un fanatique de Trump » et que « l‘OTAN doit rééquilibrer les efforts américains et européens ».

La déclaration de Rutte a été tellement choquante que le député européen espagnol Nacho Sánchez Amor lui a carrément demandé : « Êtes-vous l’ambassadeur [américain] auprès de l'[OTAN], ou le secrétaire général représentant l’alliance et ses membres ? ».

La conclusion de Politico est sans appel et claire comme de l’eau de roche :

« Ce conflit révèle également une ligne de fracture croissante au sein de l’OTAN : la conviction de Rutte que s’assurer le soutien de Trump est le seul moyen de préserver l’intégrité de l’alliance, et l’inquiétude grandissante de l’Europe quant au fait que cette stratégie la vide de sa substance. »

En réalité le problème n’est pas Donald Trump en lui-même, c’est le fait que ses méthodes en mode « éléphant dans une boutique de porcelaine » amènent de manière brutale en pleine lumière des réalités déplaisantes pour les membres européens de l’OTAN, et qu’ils arrivaient jusque là à cacher sous le tapis sous de beaux discours creux cherchant à faire croire qu’il s’agit d’une alliance et pas d’une organisation de type mafieuse avec un parrain à la tête et des affiliés en-dessous.

Mais la réalité est que dès le départ la création de l’OTAN impliquait l’abdication par les pays européens membres de leur souveraineté militaire. Les États-Unis ont installé des bases militaires partout en Europe, comme un empire contrôlant ainsi ses nouvelles provinces. Puis ont imposé leur armement à bon nombre de pays membres de l’OTAN, y compris ceux qui avaient pourtant une production nationale qui auparavant subvenait parfaitement à leurs besoins. Des pays comme la France ont aussi vendu « au patron » des sociétés et des technologies qui impactent directement leurs capacités militaires (Alstom par exemple, qui a été vendu aux États-Unis grâce à Emmanuel Macron), les inféodant encore plus à Washington.

Et maintenant que le parrain a décidé de n’en faire qu’à sa tête et de délaisser le groupe mafieux qu’il a créé, ses affiliés sont littéralement en panique. Car ils ont délégué leur sécurité à un pays qui n’en a strictement rien à faire, ont sacrifié leur souveraineté énergétique pour se plier aux diktats des États-Unis (dont ils dépendent désormais pour leur approvisionnement en gaz et pétrole), et se sont « déshabillés » militairement pour alimenter l’Ukraine en armes qui ne lui éviteront pas une défaite militaire contre la Russie. Le résultat ? Les pays européens membres de l’OTAN se retrouvent à poil et dépendent désormais totalement de Washington pour pouvoir se « rhabiller ». Sauf que l’UE n’est pas un client prioritaire pour les États-Unis désormais.

Une situation dont la cruelle réalité n’a pas échappé même à Kaja Kallas, la cheffe de la diplomatie européenne, pourtant habituellement peu réputée pour sa grande intelligence.

« Probablement, les changements les plus importants dans la réorientation fondamentale se produisent de l’autre côté de l’Atlantique. Une réévaluation qui a ébranlé les relations transatlantiques jusqu’à leurs fondements. Permettez-moi d’être claire. Nous voulons des liens transatlantiques solides. Les États-Unis resteront un partenaire et un allié de l’Europe. Mais l’Europe doit s’adapter aux nouvelles réalités. L’Europe n’est plus le principal centre d’attraction pour Washington », a déclaré Kaja Kallas.

En se coupant de la Russie pour plaire aux États-Unis, les pays membres de l’UE se sont placés eux-mêmes dans une situation de dépendance totale vis-à-vis de Washington, qui les rend désormais totalement vulnérables lorsqu’il devient évident que le « grand patron » se fiche totalement du sort de ses laquais.

L’ancien secrétaire d’État américain Henry Kissinger a déclaré un jour : « Être un ennemi de l’Amérique est dangereux, mais être un ami de l’Amérique est fatal ». Les pays européens membres de l’OTAN sont en train d’en faire l’amère expérience, et découvrent que la souveraineté n’est finalement pas un gros mot digne du fascisme, mais la condition sine qua non de la survie à long terme d’une nation.

Christelle Néant

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Christelle Néant - Кристель Нэан

Christelle est reporter de guerre dans le Donbass depuis début 2016. Après avoir travaillé pour l'agence DONi, elle fonde le site Donbass Insider en 2018, puis participe à la création de l'agence International Reporters en 2023.

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