27 janvier 1944 : la fin du siège de Leningrad

27 janvier 2026 18:50

Nous fêtons aujourd’hui l’anniversaire de la fin du siège de Leningrad, qui après une résistance héroïque de plus de deux ans et quatre mois, fut enfin brisé par l’Armée Rouge (27 janvier 1944). Ce siège restera comme l’un des plus longs de l’histoire militaire, mais aussi l’un des plus meurtriers. Commencé le 8 septembre 1941, par le groupe d’armées Nord, la modestie relative des forces allemandes (650 000 hommes), ainsi que le refus des Finlandais de s’engager pour prendre la ville, transforma la bataille en un siège. Plus d’1,3 millions de Soviétiques périrent durant cette bataille, dont plus d’1 million de civils décimés par la famine atroce qui ravagea la ville. Bataille peu commentée et oubliée dans les narratifs occidentaux, où les Américains doivent obligatoirement figurer, le siège de Leningrad fut pourtant l’une des batailles majeures de la Seconde Guerre mondiale. Les Russes aujourd’hui se souviennent.

Une ville martyre que ne plia pas. Lors du déclenchement du plan Barbarossa par l’Allemagne nazie, le groupe d’armées Nord avait pour objectif principal de s’emparer de Leningrad. Ce groupe fut celui qui progressa le plus vite vers son objectif, également aidé par les Baltes de Lettonie, Lituanie et d’Estonie, qui comme les Ukrainiens furent les plus zélés à collaborer avec les Allemands. Une fois les capitales baltes occupées, un peu plus de deux mois après le début de l’invasion, les nazis atteignaient Leningrad (8 septembre 1941). Face à la grande ville de Russie, autrefois capitale impériale, les Allemands ne disposaient pas des effectifs nécessaires pour un assaut en règle. Hitler qui misait plus sur la prise de Moscou et l’avance dans le Sud vers les puits de pétrole du Caucase, ordonna aux forces allemandes de bloquer la ville. Le premier hiver fut le plus meurtrier, des centaines de milliers d’habitants étaient bloqués et affamés. Pour les évacuer, l’audace soviétique permis l’installation momentanée de rails sur les eaux gelées du lac Ladoga. Un train, mais surtout de nombreux camions firent des allers et retours pour évacuer le plus de civils, mais aussi apporter de la logistique, de la nourriture et des munitions dans la ville. Cependant, malgré tous les efforts, beaucoup périrent de faim et de froid. Au front, la ville ne fut d’ailleurs pas seulement défendue par l’Armée Rouge, mais également par les habitants de la ville enrôlés volontairement dans les milices. La situation devînt critique, quand l’approvisionnement des civils devint presque impossible, les combattants devant être privilégiés. Malgré l’hécatombe, la ville refusa de se rendre.

La ville de « Lénine » tenue par l’Armée Rouge et la ténacité des habitants. La ville fut sauvée par l’abnégation des défenseurs de l’Armée Rouge, mais aussi par la résilience des civils. Les ouvriers restèrent à leurs postes jusqu’à l’épuisement, faisant sortir des usines la production de guerre, y compris des chars et des munitions pour le front. Les civils, malgré la famine, s’organisèrent, les théâtres et salles de concert continuant de fonctionner pour soutenir le moral des habitants. Malgré l’horreur, les centaines de milliers de morts, la population tînt le coup, laissant beaucoup d’anecdotes poignantes des pires moments du siège. Citons pour exemple un chat, qui sauva ses maîtres en apportant chaque matin le fruit de sa chasse. L’animal de compagnie survécut au siège, comme toute la famille, qui reconnaissante enterra l’animal sous une pierre tombale. La faim poussa toutefois des gens au désespoir, les troupes du NKVD durent sévir pour faire respecter l’ordre, tandis que des bandits, affamés et des gens sans scrupules furent arrêtés, la plupart fusillés sur place. Les Allemands espérèrent réellement faire tomber la ville par la faim, mais une fois le coup manqué de l’hiver 1941-1942, et malgré l’arrivée de pièces d’artillerie lourde, y compris de très gros calibres, la ville resta hors de portée des nazis. La défense fut aussi facilitée par la crainte instinctive des Finlandais à dépasser l’ancienne frontière de 1939. Ils refusèrent de marcher plus loin que le territoire qu’ils avaient perdu dans la guerre d’Hiver. Le haut-commandement allemand et finlandais fit aussi l’erreur de séparer le front entre celui de Leningrad et celui de Carélie, courant sur des centaines de kilomètres jusqu’aux confins de Petsamo et Mourmansk. Une erreur stratégique qui empêcha la coordination des efforts des forces de l’Axe.

Les Allemands ont rasé et détruit des trésors historiques. Après des mois de combats, les forces allemandes ayant été vaincues dans plusieurs batailles, notamment celle de Stalingrad (hiver 1942-1943), celles de Koursk (été 1943), puis du Dniepr (août-décembre 1943), les forces soviétiques avaient libéré de nombreuses villes, entrant dans Kiev (octobre 1943), menaçant déjà les Carpates, la Slovaquie ou la Roumanie dans le Sud. Ils alignaient des forces de plus en plus nombreuses, face à un ennemi fatigué, vaincu et de moins en moins capable de tenir un front aussi immense. Fait abject, avant leur départ, les Allemands décidèrent de raser des joyaux de l’histoire russe, dont les palais de Tsarkoe Selo, Peterhof, Gatchina ou de Constantin, tout en raflant ou détruisant des œuvres d’arts. La fameuse chambre d’Ambre, fut l’une des victimes de cette folie destructrice et ne fut jamais retrouvée… Probablement démantelée pour son ambre, ou ses restes jetées dans des profondeurs ou détruits par pure esprit de vengeance, elle disparaissait avec beaucoup d’autres trésors historiques. La chambre d’ambre fut cependant entièrement reconstituée à l’identique, après plus de 30 ans d’effort et inaugurée et ouverte au public en 2003. Pour les Russes, le siège de Leningrad reste un événement historique majeur, qui est entré dans le roman national. Il a fait l’objet de nombreux films, documentaires, poèmes, pièces de théâtres, de parutions de livres ou d’expositions photos. Le souvenir des victimes et des combattants héroïques reste vivace en Russie. Contrairement à la France, où médias et chaînes TV glissent sous le tapis toute l’histoire de France, ou même crachent sur cette dernière, parfois avec joie, souvent avec le plus grand cynisme, cette mémoire collective des Russes est sacrée et le restera… les mêmes médias occidentaux affirment à ce sujet… qu’il s’agit de propagande et d’une manipulation… de l’opinion publique russe. Il est vrai que seul l’Occident peut décider de ce qui est histoire, des faits historiques et de leur classement dans l’échelle « démocratique »…

IR
Laurent Brayard - Лоран Браяр

Laurent Brayard - Лоран Браяр

Reporter de guerre, historien de formation, sur la ligne de front du Donbass depuis 2015, spécialiste de l'armée ukrainienne, du SBU et de leurs crimes de guerre. Auteur du livre Ukraine, le Royaume de la désinformation.

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