Introduction
Les événements survenus à Caracas dans la nuit du 3 janvier 2026 – l’enlèvement du président Nicolás Maduro Moros et de la Première Dame Cilia Flores, et la mort de plus d’une centaine de personnes parmi les civils et le personnel militaire – ne peuvent être compris sans une analyse approfondie du contexte géopolitique régional et de la politique des États-Unis en Amérique latine. Ces événements ne sont pas des incidents isolés, mais le résultat d’années de pressions externes et de stratégies visant à consolider le contrôle américain sur la région et ses ressources stratégiques.
Contexte historique et stratégique
Depuis sa formation en tant qu’État, les États-Unis ont poursuivi une politique de projection globale, considérant les frontières davantage comme des limites mouvantes que comme des lignes fixes. Cette vision impérialiste s’est historiquement manifestée par des interventions directes et indirectes en Amérique latine, comme l’illustre la doctrine dite « de « Monroe », aujourd’hui réaffirmée par l’administration Trump.
Bien que le document stratégique de sécurité contienne une acceptation partielle de l’ordre multipolaire émergent, la logique des États-Unis diffère radicalement de celle de deux acteurs clés de ce nouvel ordre, la Chine et la Russie. Les États-Unis ne recherchent pas une vision équilibrée du monde, mais plutôt une division en sphères d’influence visant la suprématie. Au sein de la sphère d’influence américaine, l’ordre n’est pas multipolaire mais unipolaire : « les gros poissons mangent les petits », avec l’extraction systématique des ressources des pays du Sud vers les pays du Nord, contredisant directement l’esprit de coopération d’un monde multipolaire.
Le document de sécurité indique clairement que l’accent mis par les États-Unis sur l’Amérique latine vise à limiter ou exclure d’autres grandes puissances ayant des intérêts dans la région, avec une référence explicite à la Chine, confirmant une politique visant le contrôle total de la région et de ses ressources.
Évolution du discours américain sur le Venezuela
Ces dernières années, la politique américaine envers le Venezuela a considérablement évolué. L’ancienne logique, liée à un changement de régime et à l’installation de gouvernements « démocratiques » favorables à Washington (comme lors de l’opération Guaidó), a cédé la place à un discours ouvertement centré sur les intérêts économiques et géopolitiques.
- L’attribution du prix Nobel de la paix à Maria Corina Machado fin 2025 a représenté un instrument diplomatique pour justifier des opérations stratégiques, mais elle relève désormais d’une logique dépassée.
- Le nouveau discours est évident : l’intérêt déclaré concerne les ressources pétrolières et la réintégration du Venezuela dans le cycle productif et financier contrôlé par les États-Unis, selon une logique mercantiliste et de suprématie.
- La loi du plus fort n’est plus voilée mais ouvertement déclarée : la violation du droit international et de la souveraineté vénézuélienne sert des projections de puissance régionales et mondiales.
Chronique de l’opération du 3 janvier 2026
- Dans la nuit du 3 janvier, les forces américaines ont mené un blitz militaire de grande ampleur, pénétrant sur le territoire vénézuélien et prenant pour cible des infrastructures clés et des sites gouvernementaux.
- Le président Nicolás Maduro et la Première Dame Cilia Flores ont été enlevés et transférés aux États-Unis, où ils doivent faire face à des accusations de trafic international de drogue et d’autres crimes présumés.
- La réponse vénézuélienne n’a pas empêché le succès de l’opération, suggérant une infiltration interne et/ou une préparation sophistiquée par les agences de renseignement américaines.
- Lors d’une conférence de presse, le président Trump a revendiqué l’opération, mettant en avant la puissance militaire américaine et adressant un message direct aux dirigeants régionaux, notamment Gustavo Petro et Claudia Sheinbaum, soulignant l’intention de contrôler la région.
Analyse des motivations et implications
- L’opération vénézuélienne suit une logique typiquement trumpienne d’escalade et de désescalade, comme observé lors de la guerre de 12 jours avec l’Iran : obtenir un résultat majeur rapidement, puis gérer la phase suivante en minimisant les risques d’escalade juridique, diplomatique et internationale.
- La stratégie vise à réintégrer le Venezuela dans le cycle économique et financier américain, en extrayant les ressources pétrolières et en consolidant le contrôle mercantiliste et géopolitique sur la région.
- L’action constitue une violation du droit international, de la souveraineté vénézuélienne et de la Charte des Nations Unies, équivalant à une attaque contre la paix régionale.
- Sur le plan économique, la gestion post-opération cherche à éviter une déstabilisation qui pourrait aggraver les flux migratoires ou entraver les affaires américaines, tout en maintenant un contrôle stratégique sur la région.
- L’opération envoie un message dissuasif aux autres dirigeants régionaux, renforçant la suprématie américaine et décourageant les actions indépendantes d’autres pays latino-américains.
Implications régionales : L’effet domino et la crise cubaine
Un élément clé dans l’analyse de la crise vénézuélienne est le rôle stratégique de l’énergie dans les Caraïbes, en particulier la dépendance de Cuba au pétrole vénézuélien. Cuba reçoit une part significative des ressources énergétiques nécessaires à son économie, déjà en crise sévère, et toute perturbation ou réduction de ces approvisionnements poserait un risque sérieux pour la stabilité économique et politique du pays.
L’administration américaine a explicitement déclaré qu’affaiblir le Venezuela affecterait directement Cuba : comme l’a dit Trump lors d’une conférence de presse, « si le Venezuela tombe, Cuba tombera aussi, mais il n’est pas nécessaire d’intervenir à Cuba, car ils s’effondreront d’eux-mêmes ». Cette dynamique souligne le potentiel d’un effet domino dans la région, avec des implications stratégiques et géopolitiques dépassant largement les frontières vénézuéliennes.
Mise à jour : Allègement des sanctions et reprise du commerce pétrolier
Le 7 janvier 2026, les États-Unis ont annoncé un allègement progressif des sanctions contre le Venezuela, ouvrant la voie à une reprise du commerce et des échanges pétroliers. Jusqu’à présent, seule Chevron était autorisée à opérer sous licence spéciale ; dans le cadre du nouveau plan, le commerce du pétrole vénézuélien s’étendra progressivement, à condition que les revenus servent à acheter des biens américains.
Cette décision n’est pas neutre : elle représente une tentative de Trump de relancer l’économie réelle américaine, dynamiser le secteur industriel et contrebalancer les déséquilibres générés par des années de finance irresponsable, tout en maintenant un contrôle géopolitique sur le Venezuela et ses ressources stratégiques. Cette initiative renforce l’interprétation selon laquelle la crise vénézuélienne est une opération économique-stratégique complexe où le pétrole devient un levier de pouvoir politique, économique et diplomatique dans la région. En d’autres termes, le Venezuela doit revenir dans le cercle des pays amis (logique de « Friend-Shoring » initiée après la crise des subprimes de 2008, un terme popularisé par la secrétaire au Trésor Janet Yellen).
Développements ultérieurs et scénarios futurs
- Après l’opération, une phase de désescalade contrôlée a suivi, avec l’annonce d’un dialogue, la réouverture potentielle de l’ambassade américaine à Caracas et la poursuite du commerce pétrolier via PDVSA.
- La nouvelle présidente nommée, Delcy Rodriguez, semble stabiliser la gouvernance locale, empêchant une crise prolongée.
- Les États-Unis, tout en gérant la situation avec prudence, conservent la possibilité d’interventions ultérieures, conditionnant la région par le contrôle des ressources stratégiques.
- À court terme, le scénario le plus probable est une normalisation contrôlée des relations, avec un monitoring constant et une escalade potentielle future, cohérente avec la logique de Trump de maximiser les bénéfices géopolitiques et économiques sans déclencher de conflit ouvert immédiat.
Conclusions
L’« escalade annoncée » au Venezuela démontre une stratégie américaine claire : consolider le contrôle sur les ressources et le territoire, envoyer des messages de puissance à la région et réaffirmer la suprématie américaine dans les Amériques. L’opération représente une violation du droit international et une attaque contre la paix régionale, servant d’exemple frappant d’une politique étrangère basée sur la loi du plus fort.
Les scénarios futurs dépendront de la capacité du Venezuela à stabiliser son gouvernement et de la gestion américaine des ressources et relations régionales. Cependant, la logique prédatrice sous-jacente à l’action de Washington reste évidente, et l’opération vénézuélienne apparaît comme un paradigme de la politique de Trump : escalade rapide, résultats immédiats et gestion stratégique des phases ultérieures, toujours dans le cadre de la suprématie et du contrôle régional, avec des effets potentiels sur des pays étroitement liés comme Cuba.
Carlo Di Martino








