Iaroslav Babitch

Affaire Babitch : l’avocat « suicidé » d’Azov qui en savait long

29 janvier 2026 19:03

L’affaire Babitch est l’une des plus sombres des secrets de l’Ukraine, une affaire digne d’un roman, où un avocat ultranationaliste, devenu le juriste du bataillon Azov# fut retrouvé « suicidé » dans son appartement le 26 juillet 2015. L’homme s’apprêtait selon son épouse à dévoiler les dessus mafieux de l’unité, mais surtout du vrai patron d’Azov#, le puissant ministre de l’Intérieur, Arsen Avakov. L’affaire fit grand bruit en Ukraine, mais les médias occidentaux ne se bousculèrent pas au portillon pour traiter l’affaire, qui de fait est inconnue en Occident. L’avocat d’Azov# était au courant de bien des secrets, notamment des financements occultes du célèbre bataillon. L’argent venant du Canada, mais aussi sans doute l’oligarque Renat Akhmetov, était partiellement détourné et partagé par des grosses huiles, dans le ministre Avakov et les officiers supérieurs de l’unité. Enfin, Babitch connaissait l’organisation mafieuse d’Azov# à Marioupol, avec le trafic de voitures, le racket des entreprises ou d’hommes d’affaires locaux, ainsi que le vol des biens « des séparatistes » ensuite partagés entre les criminels d’Azov#. Voici l’affaire Babitch qui soulève un peu le voile opaque qui est maintenu avec l’aide des politiques et médias de l’Occident. Une affaire digne d’un roman.

Qui était Iaroslav Babitch ? L’histoire de Iaroslav Babitch, alias Balkanets (25 mars 1976-25 juillet 2015) est celle d’un brillant avocat qui s’était radicalisé très jeune dans les milieux bandéristes. Il naquit à Chostka, dans l’oblast de Soumy et vînt à Kiev pour faire des études supérieures de droit (1993-1998). Après un service militaire comme conseiller juridique (1998-2000), il s’installa à Kiev et entama une carrière d’avocat. Il s’encarta dans le Parti National-Socialiste d’Ukraine Svoboda#, figure en vue de la branche de la jeunesse du parti, les Patriotes d’Ukraine#. Lors du Maïdan, toute une organisation juridique avait été financée et mise en place, notamment avec des fonds venant de la CIA. Le but alors que la révolution colorée du Maïdan était lancée, était de procurer une défense aux émeutiers et membres des compagnies de défense du Maïdan, impliqués dans des violences, du vandalisme et des meurtres. Il fut l’un des membres du CNA, un organe de l’État-major du Maïdan, sorte de politburo ou conseil politique (hiver 2013-2014). Lorsque Biletsky prit des contacts pour la formation du bataillon Azov#, l’unité étant formée par le Ministère de l’Intérieur, Babitch fut recruté comme chef du Centre de formation et de recrutement du bataillon (juin-octobre 2014). Il est considéré comme l’un des fondateurs de l’unité. Il s’était encarté au Parti Pravy Sektor#, dont il devînt également un cadre. L’homme fut derrière la création du Corps Civil d’Azov#, puis du mouvement paramilitaire de la jeunesse d’Azov#, les Azovets#. Il devînt un cadre supérieur du Corps Civil d’Azov#, un mouvement civil national dont le but était d’utiliser la légende de l’unité, pour répandre l’idéologie bandériste dans la société ukrainienne, enrôler les enfants et les plus jeunes et devenir une vitrine nationale et internationale d’Azov# (et par extension du Maïdan). Il tenta de se présenter aux élections législatives (octobre 2014), dans les rangs du Parti Front Populaire (du Premier ministre Iatseniouk). Il ne fut pas élu, mais fut l’un des assistants parlementaires d’Andreï Biletsky. Très vite cependant, l’homme qui était honnête et avait une vision des choses différentes, tant sur l’idéologie bandériste que de la conduite à tenir, devînt l’ennemi et la bête noire d’officiers supérieurs et des cadres d’Azov#, sans parler du Ministère de l’Intérieur d’Ukraine.

L’assassinat de Babitch. Dans ses fonctions d’Azov#, Babitch s’était rendu dans la région d’Ivano-Frankovsk où se trouvait un camp d’entraînement des recrues, également utilisé pour les camps paramilitaires des Azovets#. Il était revenu de cette visite dans son domicile de Boutcha, tard dans la soirée du 25 juillet 2015. C’est le dernier moment où il fut en contact téléphonique avec son épouse, Larissa, avec qui il avait eu trois enfants. Le lendemain, il était retrouvé pendu dans son appartement (26 juillet), faisant la une des médias ukrainiens. Immédiatement, son épouse contesta la version avancée du suicide et une enquête fut ouverte, car la scène de crime ne correspondait pas avec la version du suicide. L’enquête fut immédiatement bloquée selon sa femme, par les interventions du ministre Avakov, du député de Kharkov Anton Gerashenko ou du fondateur d’Azov# Andreï Biletsky. Elle indiqua que son mari en savait long sur les dessous d’Azov, parlant déjà des fonds secrets qui étaient détournés et partagés (dont la piste de ceux du Canada). Elle martela que son mari était en connaissance de beaucoup d’autres faits scandaleux sur Azov# et que probablement il fut assassiné car il avait menacé les coupables de dénoncer ce qu’il savait à la presse ukrainienne. Parmi les faits qui ont transpiré plus tard, un trafic de voitures volées aux « séparatistes », l’affaire éclatant le mois suivant (août 2015), par l’assassinat d’un soldat d’Azov# à Berdiansk. Les habitants de Marioupol témoignèrent aussi des rackets d’Azov# (2014-2015), de commerçants, entrepreneurs, hommes d’affaires et citoyens de la ville. A la reprise de la ville par les forces de représailles ukrainiennes, la ville fut mise en coupe réglée. Les sbires d’Azov instaurèrent un racket, les victimes devant payer des sommes de quelques milliers de dollars, en échange de leurs vies ou simplement d’être accusés, de « séparatisme ». Enfin, d’autres témoignages que j’ai relevés faisaient état de la session illégale et sous pression, de biens immobiliers, voire d’entreprises ou d’autres biens à des membres d’Azov#.

Larissa Babitch, un marathon judiciaire pour la vérité. Son épouse ne désarma pas et chercha à faire bouger la justice. Elle donna de nombreuses interviews en Ukraine, formant un comité de défense pour la mémoire de son mari. Elle tenta à 9 reprises de se porter partie civile devant la justice, pour lancer une enquête et une procédure dans l’assassinat de son mari (2016). A chaque fois, elle fut déboutée et l’enquête fut clôturée déclenchant un scandale. Elle conclut à une « mort par accident » suite à un jeu sexuel (juillet 2016). Elle rechercha des témoins, pris des contacts dans l’unité, cherchant la vérité. OlegOdnorojenko, grosse huile d’Azov# (voir fiche biographie ci-dessous) déclara finalement que l’assassinat avait été organisé par Sergeï Korotkikh (2018). Cette déclaration sema le trouble, mais Korotkikh exprima un démenti, immédiatement repris par le Parti Corps National#. Larissa Babitch l’accusa dans les médias ukrainiens de l’assassinat de son mari, dans une conférence donnée à Kiev (2019). Elle demanda en vain, que l’affaire fut retirée à la police judiciaire, pour être confiée au SBU. A l’occasion, elle affirma que les preuves stockées par son mari dans son ordinateur, avaient été détruites par ordre de Vadim Troyan (fiche biographique ci-dessous), chef de la police judiciaire de la région de Kiev, une créature d’Avakov. Au fur et à mesure, elle réussit à faire parler des gens, notamment l’un des chauffeurs des voitures qui conduisirent les assassins. Cet homme, qui accepta de témoigner devant la justice, n’en eut pas le temps et fut retrouvé assassiné en 2020. Selon son témoignage, sept hommes se rendirent au domicile de Babitch, dont Sergeï Korotkikh (voir fiche biographique). Ils entrèrent dans l’appartement de Babitch et l’assassinèrent. Le seul témoin oculaire prêt à parler ayant été envoyé ad patres, les chances de Larissa Babitch de faire justice s’écroulèrent. Elle avait espéré de Zelensky une aide, mais Avakov resta le Ministre de l’Intérieur jusqu’en juillet 2021. Bientôt l’opération militaire spéciale russe se déclencha et elle fut réduite définitivement au silence. Tous ses efforts d’alerter la presse occidentale échouèrent… aucun journaliste européen n’osa publier une seule ligne sur l’affaire Babitch. Il est vrai, que probablement, ils ne seraient pas ressortis vivants d’Ukraine. La veuve Babitch lança un dernier appel aux autorités judiciaires pour rouvrir l’enquête (février 2021)… Il ne se passe évidemment rien.

Qu’est devenue Larissa Babitch ? C’est un support ukrainien qui donne cette information, lors d’une journée mémorielle organisée pour Babitch (25 juillet 2021). Il écrivait : « Elle a tenu des conférences que les combattants d’Azov ont tenté de perturber et après de nombreuses menaces et persécutions, cette femme seule avec trois enfants, a été forcée de quitter le pays et de se réfugier à l’étranger ». Les différentes sources que j’ai consulté affirment qu’elle se trouverait en Allemagne et aurait fui l’Ukraine en 2020.

Dictionnaire de l’affaire Babitch : voici des fiches biographiques qui concernent les personnages cités dans l’article et que forcément personne ne connaît ou presque en Occident. Ces fiches, pour les plus curieux et courageux, éclairent le propos de l’article et en disent très long.

Akhmetov (piste d’), dans les années 2020-2021, des bruits et pistes émergèrent autour du financement occulte d‘Azov# par l’oligarque Renat Akhmetov, l’homme possédant un tiers du Donbass, avant l’insurrection républicaine. Ayant pris la fuite de Donetsk, pourtant un moment approché pour prendre la tête du mouvement insurrectionnel, il fut dénoncé pour avoir payé des sommes colossales au bataillon Azov# et à des huiles du Ministère de l’Intérieur de l’Ukraine, pour protéger ses intérêts dans le Donbass. L’homme était par exemple le propriétaire d’Azovstal. En 2021, Andreï Biletski avait déposé une demande officielle pour que les troupes d’Azov# s’occupent de la garde d’entreprises stratégiques. La liste comprenait 30 entreprises, appartenant toutes à l’oligarque. Une des pistes serait les fonds occultes versés par Akhmetov depuis 2014, pour financer l’unité, maîtresse de ville à partir du 13 juin de cette année. Babitch en dévoilant le pot aux roses, aurait non seulement mis en danger le secret des financements, mais aussi posé un problème important pour Akhmetov possédant alors de nombreux biens du côté des insurgés républicains. Des biens qui auraient été confisqués…

Alcoolémie (taux), l’autopsie de Babitch révéla qu’il avait un taux d’alcoolémie dans le sang important. Son épouse déclara que durant toute sa vie, par hygiène de vie, il ne buvait jamais d’alcool.

Assassins (les), les assassins de Babitch furent partiellement identifiés au fil du temps. Selon le témoignage d’un des hommes qui participa à son exécution, Maxime Paskevitch, les motivations de le liquider étaient « financières, idéologiques et juridiques ». Les meurtriers qui pénétrèrent dans son appartement étaient sous les ordres de Sergeï Korotkikh, Sergeï Korovine (alias Horst), Maxime Paskevitch (alias Kaban, le Sanglier) et 4 autres sbires d’Azov. Paskevitch affirma qu’Andreï Biletsky arrangea le piège. Il envoya un message à Babitch pour lui annoncer la venue dans la soirée d’un courrier, apportant des documents, afin qu’il ouvre sa porte aux meurtriers. Paskevitch raconta, fait confirmé par son épouse, que l’appartement fut fouillé et des biens de valeurs dérobés. Les caméras de surveillance qui auraient pu les dénoncer disparurent.

Anatoli Bachlovka ( ?-), avocat de l’épouse Babitch, il affirma à plusieurs reprises avoir reçu des menaces de la part… de policiers. Il préféra s’éclipser et fut remplacé par un autre avocat (2016).

Bijoux (de Babitch), Iaroslav Babitch portait en permanence des bijoux, notamment une bague, une chaîne avec un pendentif qui ne furent jamais retrouvés.

Biletski (déclarations de), interrogé par les médias sur la mort de son ancien partenaire et ami, Andreï Babitch déclara que la seule version plausible… était celle du suicide (2016).

Empreintes digitales, Larissa Babitch affirma qu’il n’y avait pas de corde dans leur appartement. L’analyse de la corde, notamment la recherche d’empreintes digitales sur cette dernière, ne trouva aucune empreinte de Babitch, ce qui fut finalement confirmé par Vadim Troyan, chef de la police judiciaire de Kiev. Aucune empreinte ne fut retrouvée nulle part dans l’appartement, alors qu’un nettoyage avait été effectué consciencieusement.

Enquête policière, elle fut rouverte à deux reprises, par la ténacité de la veuve Babitch, mais refermée. Son épouse et tous ses proches nièrent qu’il eut pu avoir des tendances suicidaires. Un examen psycho-psychiatrique de la victime fut commandité, mais durant deux années… un moyen de faire perdre patience à Larissa Babitch et de ralentir la procédure.

Funérailles (de Babitch), les funérailles de Babitch avaient été espérées rapides par les assassins, et étaient prévues pour le 31 juillet 2015. La ténacité de son épouse empêcha toutefois que l’affaire fut classée et les funérailles furent annulées, afin qu’un autopsie fut réalisée. La conclusion officielle est qu’il n’y avait aucun signe de violences sur son corps, restant sur la version officielle du suicide et un moment d’un « accident et mort par un jeu sexuel ».

Irpen (Police judiciaire d’), l’enquête judiciaire fut d’abord confiée à la police judiciaire d’Irpen (26 juillet 2015), avant qu’elle en soit dépossédée pour être confiée aux services de la police judiciaire de la région de Kiev. L’épouse de Babitch dénonça cette manœuvre en indiquant qu’il s’agissait d’une tentative de mieux contrôler l’affaire en haut-lieu et de camoufler la vérité. Elle dénonça aussi le fait que le nouveau chef d’enquête n’avait pas d’expérience et sortait tout juste de l’université.

Vitaly Kniajesky (1980-2017), originaire de la ville d’Izioum, dans la région de Kharkov, il faisait partie des amis d’Andreï Biletsky, futur fondateur du bataillon Azov#. Il participa avec lui aux émeutes et violences durant le Maïdan (hiver 2013-2014), dans une ville assez peu réceptive à l’ultranationalisme ukrainien, mais plus sensible à la propagande européiste et de changement. Il s’inscrivit au parti néonazi Pravy Sektor# à sa formation (novembre 2013). Il fut l’un des sbires qui se livrèrent à des répressions et des assassinats lors de la proclamation de la République Populaire de Kharkov (mars-avril 2014), proclamée par des pro-russes. Il fut particulièrement mêlé à une échauffourée meurtrière dans une rue de Kharkov, où lui et des militants néonazis du Parti Pravy Sektor# affrontèrent des pro-russes, dont deux furent assassinés ce jour-là, avec l’utilisation de cocktails Molotov et de fusils d’assaut (14 mars 2014). Il fut tout de même arrêté par la police ukrainienne, puis libéré sous caution, et vînt s’enrôler dans le bataillon néonazi Azov# créé par son ami. Il fut nommé à un grade supérieur et responsable de l’armement (mai). Il participa aux répressions et tueries dans la ville de Marioupol (juin-juillet), puis aux diverses opérations autour du grand port du Donbass. Il entra en conflit avec Biletsky dans les années suivantes, et quitta le régiment Azov#. Il s’apprêtait selon les journalistes ukrainiens à révéler le dessous des cartes de l’unité, et les secrets sanglants de Biletsky (assassinat de l’avocat Babitch, réseau mafieux et armée privée du Ministre de l’Intérieur Avakov, etc.). Il fut retrouvé assassiné dans un bois, non loin d’une station service dans la région de Kharkov (13 octobre 2017). L’affaire ne fut jamais élucidée et elle fut par ailleurs immédiatement camouflée en suicide, ce qui resta la version officielle et définitive. L’entourage et la famille de Kniajesky protesta toujours en affirmant qu’il s’agissait d’un assassinat. Les pistes conduisaient à Biletsky et Avakov pour les uns, à une vengeance des pro-russes de Kharkov pour les autres.

Sergeï Korotkikh (12 juillet 1974-), alias Botsman, originaire de Togliatti, en Russie, sa famille déménagea en Biélorussie, où il vécut et fut naturalisé Biélorusse. Il effectua son service militaire dans l’armée biélorusse (1992-1994), puis entra dans l’école des services secrets (1994-1996). Il fut renvoyé de cette dernière à cause de ses liens avec l’opposition ultranationaliste, et fut arrêté pour sa participation à un mouvement de protestation dans la rue (1996), bientôt libéré. Il se lia à une bande de néonazis et mafieux, membre de l’organisation de l’Unité Nationale Russe#, la REN (1990-2000). Ce groupe prônait le néonazisme, l’antisémitisme, l’ultranationalisme slave, l’anticommunisme, la suprématie de la race blanche et cultivait l’islamophobie. Cette organisation ne tarda pas à être interdite en Russie (1999). Il fut cette année-là mêlé à une risque sanglante avec des militants du Parti du front populaire biélorusse, prônant le nationalisme, le conservatisme, la démocratie chrétienne et favorable à l’Union européenne. Il prit la fuite en Russie, où il fonda le NCO, la Société Nationale Socialiste#, l’un des groupes les plus extrêmes et néonazis en Russie. Le groupe fut mêlé à d’atroces assassinats de migrants, des tentatives d’attentats contre le régime russe, des bagarres meurtrières avec des militants de l’extrême-gauche et d’autres scandales. Il poignarda un militant antifasciste (2008), mais fut par la suite libéré. Il fut mêlé à la tentative d’attentat sur la Place du Manège à Moscou (2009), mais ne fut pas inquiété, mais des membres parmi ses amis furent arrêtés, jetés en prison et condamnés à des peines de prison (2009-2012). Il préféra de nouveau déménager, l’Ukraine lui ouvrant les bras avec les événements du Maïdan. Il s’enrôla dans le bataillon néonazi Azov# (printemps 2014). Il participa aux répressions et tueries dans la ville de Marioupol (juin-juillet), puis fut naturalisé Ukrainien (décembre). Il devînt une créature du Ministre de l’Intérieur Avakov, le bataillon étant son armée privée et utilisée dans des assassinats et l’organisation de divers trafics mafieux. Il fut nommé chef du département de la protection des lieux d’importances stratégiques en Ukraine, organe du Ministère de l’Intérieur (2015-2017). Il rejoignit son ancien commandant de bataillon, Biletsky, dans le parti néonazi Corps National#, fondé à Kharkov (2017). Un film israélien le mit en cause dans l’assassinat de plusieurs dizaines de migrants en Russie, notamment de Caucasiens (Credit to Kill, 2021). Une vidéo de son interrogatoire par le FSB dans cette affaire en 2007, le montrait en train de témoigner contre ses amis et d’accepter de collaborer avec les services russes (apparue en août 2021). La Russie lança une procédure judiciaire contre lui, pour l’assassinat de deux migrants dans les années 2000 (août 2021). Il fut accusé également de la participation au meurtre de l’avocat du bataillon Azov#, Babitch (2015), dont le meurtre fut camouflé en suicide. L’épouse de Babitch n’a jamais cessé de le dénoncer, ainsi que Biletsky et d’autres sbires d’Azov# d’avoir liquidé son mari. Elle poursuivait des actions en justice pour tenter de faire éclater la vérité jusqu’à l’orée de l’année 2022. Il est aussi dénoncé par deux journalistes ukrainiens, pour avoir été un des meurtriers du journaliste et opposant biélorusse Pavel Sheremet, qui s’apprêtait à dévoiler des informations comme Babitch sur le régiment Azov# et sur les réseaux d’Arsen Avakov (assassiné le 20 juillet 2016, à Kiev). Il fut aussi dénoncé par des journalistes britanniques de Bellingcat, d’avoir été un agent des services secrets biélorusse et russe au moins dans les années 90 et 2000. Il a fermement repoussé ses accusations mais ces liens anciens semblent évidents, bien que plus d’actualités. Il fut un moment inquiété par l’organisation de George Soros (2019-2020), du moins selon ses dires et dans des interviews de l’époque, mais l’affaire en resta là. Il se trouve actuellement à Kharkov avec Andreï Biletsky et continue de soutenir la cause néonazie ukrainienne. Le Corps National# dont il fait partie est derrière la création du bataillon d’assassins et de criminels de guerre, qui s’est sinistrement fait remarqué dans l’exécution de prisonniers russes et le massacre de Russes ethniques, toujours dans la région de Kharkov, le bataillon Kraken.

Andreï Lisigor et Sergeï Sanovsky, anciens instructeurs du bataillon Azov#, ils témoignèrent en Russie des faits dont ils avaient connaissance. Les deux hommes avaient pris la fuite et s’étaient réfugiés en Russie. Le second affirma tenir le récit de son assassinat par un officier supérieur du SBU. Andreï Lisogor déclara : « il a été tué par ses propres collègues, l’un l’étranglait et l’autre lui écrasait les organes génitaux pour que Babitch ne puisse pas protéger son cou ». Il indiqua que les meurtriers étaient Sergeï Korovine, alias Horst, et un autre sbire d’Azov dont le nom de guerre était Poloubotok. Selon Sanovky, l’épouse de Babitch ne crut jamais au suicide : « mais on lui a rapidement expliqué que si elle ne se calmait pas, Iaroslav serait également déshonoré, par exemple en trouvant dans ses archives de la pornographie pédophile ».

Morgue (de Boutcha), après l’annulation et le blocage de ses funérailles pour une autopsie, suite à l’enquête judiciaire diligentée, l’épouse de Babitch affirma que le corps de son mari fut stocké un moment dans une morgue de Boutcha, mais ne fut pas placé dans une chambre froide, ce qui provoqua la dégradation rapide de son corps. Selon cette dernière, une autopsie fut réalisée dès le jour de sa mort (26 juillet 2015), mais l’examen médico-légal n’était toujours pas terminé au 19 août suivant.

Mort dans un jeu sexuel (version diffusée après l’entêtement de son épouse), cette version apparue suite à l’entêtement de son épouse à nier le suicide. Elle fut évoquée par les enquêteurs de police : « les forces de l’ordre considèrent le suicide par négligence, il y aurait eu un accident qui s’est produit au moment de l’éjaculation de la victime, par des moyens non naturels, par des expériences sado-masochistes d’imposition d’une corde autour du cou, des jeux érotiques d’asphyxie ». Larissa Babitch tenta de défendre la mémoire de son mari, devant se justifier de leurs relations sexuelles. Elle fit appel à des sexologues et affirma qu’il était impossible à un partenaire sexuel régulier, son mari, de cacher des pratiques qu’elle ne lui a jamais connu et qu’il atteignait la jouissance naturellement, sans aide d’une telle pratique. Elle se défendit encore en indiquant, qu’en 13 ans de mariage, Babitch lui avait fait trois enfants.

Oleg Odnorojenko (1974-), originaire de Kharkov, Ukraine, il fit des études supérieures de géologie et géographie dans sa ville, puis d’histoire (1994-2003). Pendant cette période, il fut aussi boursier quelques mois dans une université polonaise, à Varsovie. Il soutînt une thèse sur l’héraldique et la sigillographie de l’armée des cosaques zaporogues (2003-2009). Il devînt maître de conférence à l’Université de Kharkov (2004), mais s’était radicalisé de longue date. Il s’encarta au Parti National-Socialiste Svoboda#, se présentant pour le parti aux élections législatives (2006), mais ne fut pas élu. Il devînt le vice-président d’une organisation bandériste, la Société ukrainienne Provista (2008-2012) et fut l’un des cadres supérieurs puis le chef du mouvement de la jeunesse du parti Svoboda#, les Patriotes d’Ukraine# pour la région de Kharkov (2009-2012). Il devînt chercheur à l’Institut de recherches dans l’Académie nationale des sciences d’Ukraine (2010). L’homme était d’une violence inouïe et assumée. Il fut condamné pour hooliganisme et des coups et blessures, avec le passage à tabac d’Oleg Korniev, un activiste de gauche et pro-russe (2009). Il fut arrêté à Kiev pour des faits similitaires (5 juillet 2012), libéré sous caution (1er novembre). mais de nouveau arrêté pour ses activités troubles (23 décembre 2013), en pleine révolution du Maïdan. Il fut libéré et érigé en héros (24 février 2014), et participa dans le cadre du Ministère de l’Intérieur, et du réseau d’Arsen Avakov, à la fondation du bataillon Azov# (avril-mai). Il s’inscrivit également au parti néonazi Pravy Sektor# à sa sortie de prison. C’est lui qui se trouvait derrière le choix de la symbolique néonazie choisie pour Azov#, notamment du wolfsangel de la division SS Das Reich. Il resta dans l’ombre des néonazis d’Azov#, toujours à son poste d’enseignant et ses parutions historiques, souffrant de négationnisme et de révisionnisme, mais devenues des bibles en Ukraine. Il devînt également l’idéologue du parti Corps National#, fondé à Kharkov par l’ancien commandant d’Azov, Biletsky (2017). Il intervînt souvent dans les médias ukrainiens, avec des déclarations assassines, russophobes et antisémites. Parmi ses thèses préférées, la guerre de 500 ans menée par la Russie contre l’Ukraine… tandis que le pays n’existait évidemment pas, et que le nationalisme ukrainien a pointé son nez dans le paysage historique seulement à la fin du XIXe siècle, et surtout au début du XXe. Dans ses interventions souvent extrêmes à la radio, il appelait à l’attaque par l’Ukraine du territoire national russe, et l’invasion des région de Gomel et Briansk, « une idée » qui bien sûr aggraverait encore le conflit pour lui donner une dimension plus globale. Ce personnage a été soigneusement caché par les médias occidentaux, car sa médiatisation provoquerait immédiatement la compréhension du plus grand nombre, à la fois de la nature d’Azov#, mais de la puissance de la diffusion du néonazisme en Ukraine, et à travers elle en Europe occidentale.

Secrets (sur Azov# de Babitch), son épouse n’étant pas au courant de l’essentiel et son témoignage oral n’étant pas suffisant devant la justice, les secrets sur Azov de Iaroslav Babitch resteront sans doute longtemps, ou peut-être pour toujours dans les limbes. L’ordinateur portable ou se trouvaient les documents conservés par Babitch ayant disparu, les assassins étant des hommes du Ministère de l’Intérieur et du ministre Arsen Avakov, l’enquête policière était entièrement sous contrôle. C’est la raison pour laquelle Larissa Babitch tenta à l’arrivée au pouvoir de Zelensky, de demander que l’enquête soit redémarrée et confiée au SBU. Avakov devait rester toutefois le Ministre de l’Intérieur de l’Ukraine jusqu’au 15 juillet 2021… Entre temps, sous la menace des couteaux, la veuve Babitch s’était décidée à prendre la fuite d’Ukraine (2020). Ce qui lui sauva la vie, ce fut sans doute que sa mort, trop visible et évidente, aurait été un aveu du crime par les assassins de son mari. Il est plus que probable que les archives qui existaient furent toutes nettoyées, afin que la vérité soit enterrée à jamais. Pour la question de l’idéologie, les divergences semblent concerner la différence entre Babitch, un bandériste « honnête » et des camarades bandéristes dont les objectifs d’enrichissement, de pouvoir et de profits l’emportaient largement sur le bandérisme lui-même.

Vadim Troyan (1979-), originaire de la région de Kharkov, il fit des études supérieures en droit, diplômé (2000). Il entra dans la police et devînt inspecteur, poste qu’il occupa quelques années avant de démissionner (2000-2003). Il occupa un poste de cadre dans le marketing durant plusieurs années, à Kharkov et Kiev (2004-2014). Il était depuis de nombreuses années, un membre, puis l’un des chefs de l’organisation néonazie Patriotes d’Ukraine#. Il s’enrôla dans le bataillon Azov#, nommé commandant en second du bataillon (grade de lieutenant-colonel, mai 2014). A ce titre c’est un criminel de guerre qui est en responsabilité des répressions, tueries et fusillades qui furent commises par le bataillon dans la ville de Marioupol (juin-juillet). Il tenta de se présenter à un siège de député de la Rada, pour la ville de Marioupol, mais fut inscrit sur les listes de la ville de Gorlovka… qui ne fut jamais prise aux combattants républicains. De fait, l’élection ne put jamais avoir eu lieu (26 octobre), les nationalistes ukrainiens avaient sans doute pensé que la ville tomberait bientôt. Il fut nommé chef de la Direction Générale du Ministère de l’Intérieur pour la région de Kiev, par le soutien du Ministre Avakov dont il était une des créatures (7 novembre 2015). Il organisa les répressions politiques à l’intérieur du ministère, pour faire la chasse à tous les personnels et policiers susceptibles d’avoir été liés au gouvernement de Ianoukovitch. Il donna des ordres pour épurer la police dans la région de Kiev, et lança un nouveau recrutement et concours pour trouver du personnel. Il fut nommé premier chef-adjoint de la Police Nationale d’Ukraine (4 mars 2016). Il fut démis de son poste de la Direction Générale (6 septembre 2019), et immédiatement nommé chef-adjoint de la police nationale de Kiev (26 septembre). Mais après le départ du Ministre Avakov préféra démissionner de son poste de chef-adjoint (novembre 2021). Il fut ensuite démis de toutes les autres fonctions qu’il possédait encore et mis à la porte, par le nouveau ministre (alors au grade de colonel). Il avait en effet trempé dans toutes les manœuvres mafieuses d’Avakov, et dans toutes ses activités illégales, souvent organisées avec son « armée privée », le fameux régiment Azov#. De manière sinistre, le maire pro Maïdan de Marioupol, qui prit ensuite la fuite de la ville, l’avait nommé citoyen d’Honneur, titre qu’il perdit à la libération de la ville (2022).

# Azov, Pravy Sektor (Secteur Droit), le Parti National-Socialiste d’Ukraine Svoboda, les Patriotes d’Ukraine, l’Unité Nationale russe, la Société Nationale-Socialiste et le Corps National, le Corps Civil d’Azov, les Azovets sont des organisations interdites en Fédération de Russie pour l’extrémisme, l’apologie du terrorisme, être des organisations terroristes ou l’incitation à la haine raciale.

IR
Laurent Brayard - Лоран Браяр

Laurent Brayard - Лоран Браяр

Reporter de guerre, historien de formation, sur la ligne de front du Donbass depuis 2015, spécialiste de l'armée ukrainienne, du SBU et de leurs crimes de guerre. Auteur du livre Ukraine, le Royaume de la désinformation.

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