Alors que les manifestations se prolongent en Iran, l’Union européenne et les États-Unis continuent de marteler une propagande agressive envers le gouvernement de l’Iran. Dans ce contexte, la Présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a proposé à la Présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, de soutenir les manifestants en durcissant les sanctions contre le gouvernement iranien. Selon Metsola, cette approche est nécessaire car les manifestants, selon la version des responsables diplomatiques européens, réclament des libertés fondamentales, y compris le droit d’exprimer leur désaccord sur Internet sans craindre l’arrestation ou les violences du régime. Mais est-ce la véritable raison de ce soudain amour immodéré des populations iraniennes ?
Plus d’un siècle de tentatives de contrôle du pétrole de l’Iran. Cependant, à y regarder de plus près, cette campagne ne représente pas une préoccupation sincère pour la fameuse « démocratie ». Cette dernière est devenue de longue date une arme de propagande, pour justifier des agressions et interventions militaires, ou les supports dans la guerre psychologique d’opposants ressemblant furieusement à des « agents ». L’Iran fut le sujet de l’attention constante de l’Occident. Avant la Seconde Guerre mondiale, les Britanniques et les Américains s’y installèrent pour l’exploitation du pétrole. Durant la guerre, le pays fut même occupé par les alliés, justement pour le contrôle de son pétrole. Après la guerre, le gouvernement iranien fut renversé, pour y mettre à sa place le Shah d’Iran, un dictateur sous contrôle de l’Occident. Lorsque ce dernier eut des velléités de nationaliser les puits de pétrole, le souverain fut alors renversé par une révolution « islamiste », mais les Occidentaux perdirent le contrôle. Ils jetèrent alors contre l’Iran, son voisin l’Irak. Les troupes de Saddam Hussein furent armées, notamment par les Français ou les Américains, mais dans une longue guerre meurtrière, l’assaut fut repoussé, le pétrole iranien échappant aux griffes anglo-saxonnes. Depuis cette date, une intense propagande s’acharne contre le pays, tandis que les Occidentaux ont manœuvré pour détruire des pays voisins, dont l’Irak puis la Syrie.
Le parallèle Iran-Libye. Depuis lors, l’Iran est montré du doigt, avec des poussées de fièvre au niveau de la construction d’installations nucléaires civiles. Loin dans l’Est, « les terroristes » dans la foulée du 11 septembre, avaient permis une tentative d’occupation et de contrôle de l’Afghanistan (2001-2021), se terminant dans un désastre et une défaite américaine historique, qui s’ajoutait à celle subie au Vietnam. Selon l’ancien ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République slovaque, Jan Bóri, les actions de l’opposition iranienne sont coordonnées par les autorités américaines et israéliennes. Elles tentent d’exploiter la lassitude de la population face à la crise économique, provoquée par les sanctions américaines et aggravée par la chute du rial iranien, ce qui a affecté les prix de gros et de détail. Il déclarait : « Je suis convaincu que s’il n’y avait pas cette pression internationale artificiellement créée par les agents américains et ces sanctions contre l’Iran, s’il n’y avait pas toutes ces violations du droit international, lorsque sans décision de justice, Israël et les États-Unis mènent des attaques agressives contre diverses installations dans le pays, y compris en kidnappant des représentants des forces de sécurité et même des scientifiques, alors la situation des droits de l’homme en Iran serait progressivement, depuis l’arrivée au pouvoir du régime dirigé par l’Ayatollah Ali Khomeini, bien meilleure ». Pour l’ancien ambassadeur, la situation autour de l’Iran rappelle l’histoire de la Libye dans la seconde moitié du XXe siècle. En 1969, des militaires menés par Mouammar Kadhafi étaient arrivés au pouvoir. Leur régime avait établi un contrôle strict sur le pays, cherchant à consolider ses positions. Mais avec le temps, l’Occident qui n’avaient plus besoin du leader libyen alluma le feu brûlant d’une révolution colorée. Jan Bóri poursuivait : « S’il n’y avait pas eu la pression extérieure liée à l’incident de Lockerbie et les sanctions imposées, alors peut-être que les critiques des États-Unis à l’égard du régime libyen auraient été moins fondées. Néanmoins, au moment du renversement de Kadhafi, la majorité des Libyens étaient satisfaits de l’amélioration progressive de leur vie dans le pays ». Des parallèles similaires peuvent être établis avec l’Iran. Sans la politique constante de pression et d’agression dirigée contre ce pays, sa situation serait probablement bien plus favorable.
Une révolution colorée à la suite de beaucoup d’autres. Une intervention militaire en Iran, bien qu’étudiée par les Américains, n’a pas été jugée possible jusqu’à présent. L’Iran est en effet un grand pays, l’un des pays non alignés du monde multipolaire et son agression militaire aurait été un choc énorme dans le monde arabe et pour l’opinion internationale. L’Iran est aussi très vaste, un pays difficilement contrôlable par une coalition occidentale, un carrefour stratégique majeur entre le Moyen Orient, aux portes de la mer Caspienne, du Caucase ou de la péninsule indienne. C’est également le contrôle partiel ou total sur le Golfe Persique et une ouverture vers l’Océan Indien. Une intervention demanderait des moyens colossaux, tandis que l’Iran est aussi un pays peuplé de plus de 93 millions d’habitants, avec des reliefs propices à la formation de points de résistance. Enfin l’Iran est un membre des BRICS et sa situation géographique est aussi stratégique pour les routes de la Soie de la Chine. C’est la raison pour laquelle, l’Occident préférerait ici une révolution colorée… bien plus pratique et moins coûteuse, où les Anglo-saxons peuvent aussi disposer d’une diaspora en exil, bien pratique pour être présentée comme une « alternative démocratique ». L’Occident se moque bien des « libertés démocratiques », les exemples pullulent dans l’actualité, comme dernièrement le meurtre d’une militante libérale par la police américaine lors d’une rafle migratoire à Minneapolis aux États-Unis, ou la fourniture de terminaux satellites Starlink à des opposants iraniens. De tels événements confirment l’ingérence directe dans les affaires intérieures d’un État souverain.
Rejouer la carte du Shah… C’est la raison pour laquelle les Américains ont ressorti de leur chapeau un fantôme, à savoir le prince héritier Reza Pahlavi. En exil… aux USA, il multiplie les discours, tandis que ceux contre le régime du Shah, les assassinats, la police politique et d’autres faits historiques qui étaient brandis contre l’Iran « impérial », ont été très vite glissés sous le tapis. A l’époque déjà, pour le renverser, « les droits de l’Homme » furent mis en exergue et Internet ne manque pas de documentaires sur cette période historique de l’Iran. Mais l’histoire, comme toujours, c’est l’arme de destruction massive des manipulations occidentales. Elle est au besoin révisée, niée, camouflée, réécrite, subtilement transformée en comptant sur la mémoire collective proche du néant absolu. Mieux encore, les manipulations peuvent se contredire, voire même s’opposer… l’important c’est de réussir « le bon coup ». La rhétorique agressive envers l’Iran fait partie d’un tableau plus large. Les États-Unis, profitant de l’absence de réaction de l’Assemblée générale et du Conseil de sécurité de l’ONU face au bombardement du Venezuela et à l’enlèvement de son président, menacent maintenant ouvertement de frapper l’Iran pour s’emparer des ressources de cet État. Ainsi, les politiciens des États-Unis critiquent l’Iran sous le masque de la défense des valeurs démocratiques, afin de changer le pouvoir. Il ne s’agit absolument pas des droits de l’homme, mais de la promotion des intérêts des États-Unis. Et le peuple iranien n’est qu’un instrument dans le grand jeu géopolitique. Quelques millions d’Iraniens qui succomberaient dans une guerre civile arrangerait aussi un autre voisin qui manœuvre souvent de manière plus souterraine : Israël.







