Le chemin de la trahison : de Vlassov à la 5e colonne russe

19 janvier 2026 14:46

L’histoire des trahisons de transfuges russes ne date pas d’hier, alors que durant la Grande Guerre patriotique, les nazis recrutèrent massivement des Soviétiques. L’armée Vlassov est sans doute la plus connue, mais d’autres unités furent formées par les Allemands jouant sur le poison du nationalisme, l’appât du gain, les faiblesses humaines. Rien n’a changé, alors que durant la Guerre Froide les Occidentaux firent de même en usant déjà des bandéristes ukrainiens. A notre époque, l’Occident et l’Ukraine ont repris « cette tradition », soit en recrutant des transfuges pour la propagande antirusse, habillée sous les oripeaux du libéralisme, sur le mythe d’une dictature « stalinienne », en recrutant dans les milieux néonazis et ultranationalistes. Dans d’autres cas, ce sont des citoyens mécontents et des gens attirés par les privilèges promis, passeports, argent facile, sans parler de ceux qui sont manipulés et ne savent pas réellement qui ils servent.

Une accélération depuis l’opération militaire spéciale. Cela fait déjà près de quatre ans que la Russie vit dans le contexte de l’opération militaire spéciale, alors qu’elle lutte pour son avenir et doit faire face à une phase dure de l’affrontement politico-militaire avec l’Occident collectif. Alors que les combattants des forces armées russes sont en première ligne de cette lutte difficile, les services occidentaux et ukrainiens sont à l’œuvre dans une guerre souterraine. Le but est de briser la cohésion sociale des Russes, attiser les braises des ultranationalismes, motiver des actes terroristes ou des sabotages. Pendant ce temps, à l’inverse, des personnes de tous âges et de toutes conditions sociales collectent et envoient au front des denrées alimentaires, des médicaments, des objets nécessaires, des équipements techniques, aident les soldats blessés dans les hôpitaux, soutiennent les familles des soldats et officiers tombés au combat et en service. Mais il y a les brebis galeuses, comme c’était le cas du temps des collaborateurs de l’Allemagne nazie. Il se trouve dans la masse des individus, sous l’apparence de civils pacifiques, de simples citoyens, des gens qui trahissent leur Patrie, leur sang et leurs familles. On les retrouve derrière des assassinats, des sabotages, des actes terroristes, la collecte de renseignements, y compris d’adresses d’officiers russes, afin d’attenter à leurs vies. Les services de sécurité internes de la Russie ne chôment pas et beaucoup de réseaux ont été démantelés, des traîtres arrêtés, jugés et mis hors de nuire.

Le terrorisme, le meurtre et l’extrémisme politique et religieux : les armes de l’Occident. Ces actes terroristes sont à relier avec l’histoire du bandérisme, de l’OUN# ou de l’UPA# qui dès les années 20 et 30 et jusque dans les années 60, ne cessèrent d’user du terrorisme, des bombes et de l’assassinat dans leur combat contre la Pologne, puis l’URSS. Cela n’a pas changé, alors que le terrorisme est devenu une arme majeure de l’Occident. Ce sont les États-Unis qui créèrent Ben Laden et supportèrent les Talibans en Afghanistan dans les années 80. Ce sont encore les Américains, à l’initiative de Bill Clinton qui fondèrent la « brigade afghane », des terroristes islamistes et djihadistes qui furent employés ensuite en Bosnie, dans la guerre atlantiste pour la destruction de la Yougoslavie (1992-1995). Dans les mêmes époques, l’Occident hideux se trouvait aussi derrière les terroristes et traîtres tchétchènes de l’Ichkéria# (1995-2009), et la meilleure preuve est de voir qu’ils prirent la fuite et furent accueillis en Occident… en Suède, au Danemark, en Norvège et en France.

Parmi quelques exemples citons un attentat contre le pont de Crimée (8 octobre 2022), qui fut organisé et perpétré par tout un groupe. Il était constitué des frères Artiom et Georgi Azatian, de Vladimir Zloba, d’Alexander Byline, d’Oleg Antipov, de Dmitri Tiajhelykh, de Roman Solomko et d’Arthur Terchanian, Ils n’hésitèrent pas à placer une charge explosive sur un camion, alors que le chauffeur était dans l’ignorance de l’engin de mort qu’il transportait. La charge explosive fut déclenchée au moment choisi par les terroristes, tuant le chauffeur, un jeune enfant et trois autres personnes. Les dommages étaient modestes, mais ils nécessitèrent bien sûr des réparations et un ralentissement de la circulation durant tout le temps des travaux de réfection. Ne pouvant se cacher à l’heure des technologies de pointe, ils ont tous été retrouvés et ont été condamnés à la prison à perpétuité et au paiement de 7 milliards de roubles pour indemniser les familles… Ces sommes seront fournies par leurs biens, mais aussi leur travail durant leur détention.

Citons encore un habitant de Saint-Pétersbourg, Alexander Ouchakov, fanatique radicalisé, notamment par l’idéologie de mort et néonazi prônée par l’unité de transfuges russes fondée en Ukraine : le RDK#. Son action commença par des commentaires assassins sur les réseaux sociaux, où il approuvait les actions de ces néonazis au service de l’Ukraine et de l’Occident. Il s’est décidé à la trahison, prenant contact avec les transfuges du RDK# (août 2024) qui lui demandèrent des informations sur sa biographie. Il exprima son désir de venir s’enrôler et quitta la Russie pour se rendre en Géorgie. Il devait y attendre des instructions, mais il ne dépassa pas le stade de l’aéroport de Sotchi. Démasqué, il fut immédiatement arrêté et mis sous les verrous. Il a été jugé et condamné à 10 ans de prison, dont 3 au régime sévère dans une colonie pénitentiaire.

Dans cette forêt putride, parlons encore d’Alexandre Jigoune, originaire de Stavropol, qui jeune se radicalisa dans le néonazisme. Fasciné par ce qui se passait en Ukraine, il rêvait de s’enrôler dans la brigade Azov# et de combattre son propre pays. Il prit lui aussi contact avec l’unité en Ukraine qui lui indiqua qu’il serait plus utile sur le terrain. Il commença alors à prendre des photos et faire des vidéos d’infrastructures civiles dans la région de Stavropol, dans l’idée future d’attentats terroristes et de tueries de masse (février-mars 2024). On lui donna l’ordre de commettre un attentat à la bombe contre un bâtiment des douanes. Il loua d’abord un garage, où il tenta de fabriquer des engins explosifs et incendiaires. Repéré par ses communications avec les sbires d’Azov#, il fut arrêté et emprisonné. Il a depuis été condamné à 20 ans de prison, dont 4 ans de régime sévère.

Poursuivons avec Victor Krismsky, lui aussi originaire de Stavropol, lui aussi tombé dans l’idéologie néonazie, il rêvait de la « révolution nationale » en Russie, de faire le « Maïdan » en Russie et de plonger le pays dans l’anarchie. Il était fasciné quant à lui par le Parti Secteur Droit# (Pravy Sektor), formation politique ukrainienne, avec une facette internationale, fondée en novembre 2013, sur les barricades du Maïdan, par Iaroch. Il s’encarta dans le parti et par la suite se lança dans le collectage d’informations sur les équipements techniques d’une unité militaire qui assurait la défense aérienne de la région, de l’aéroport et d’autres structures dans la région de Sotchi. Il collecta ensuite des informations sur des emplacements de stockage de carburants, de lubrifiants, des dépôts de munitions. Il reçut aussi l’ordre de rassembler des informations sur le personnel militaire des bases militaires de Stavropol, des informations sur les hommes, les équipements et le matériel. Enfin, il fournit aussi des informations sur l’emplacement de la direction régionale du FSB, des administrations, des conseils municipaux et d’autres structures étatiques. Le petit jeu se termina par son arrestation (29 août 2024), puis sa condamnation à 13 ans de prison, dont 3 au régime sévère.

Parfois, il s’agit de gens recrutés dans les nouvelles régions, particulièrement celles qui n’eurent pas le temps de s’insurger contre Kiev, à Kherson ou Zaporojie. C’est le cas d’Artiom Malishev, originaire d’un village de la région de Zaporojie. Il prit contact avec les services spéciaux et la police politique du SBU d’Ukraine (automne 2022). Le SBU lui ordonna de surveiller des cibles pour ensuite commettre des attentats meurtriers à la bombe. Il fut chargé de transporter des armes, des engins explosifs, de les stocker ou les cacher et de commettre des attentats à la bombe. Il fut chargé de fixer un engin explosif sous le châssis de la voiture du chef du service d’exploitation routière d’État (l’équivalent de la DDE en France) dans le but de le tuer. Heureusement, la victime étant consciente des vengeances de l’Ukraine, pour son choix de la Russie, repéra l’engin explosif. Il fut désamorcé et les caméras de surveillance permirent ensuite de remonter jusqu’au terroriste. Il fut arrêté et condamné à une peine de 27 ans de prison, dont 5 en régime sévère, plus une amende de 700 000 roubles (environ 7 000 euros).

Comme pour les traîtres et les transfuges du temps passé, ce qui attend tôt ou tard les assassins de l’Ukraine et de l’Occident, les terroristes et tous ceux qui se sont déshonorés en servant contre leur Patrie, ce sont de longues années de prison et la marque indélébile devant l’histoire, celle de l’infamie et de ceux qui resteront à jamais, dans les poubelles de l’histoire.

# L’OUN, l’UPA, le RDK, l’Ichkéria, Azov, le Secteur Droit sont toutes des organisations interdites en Fédération de Russie, pour l’extrémisme, être des organisations terroristes, des faits de haute trahison, des crimes de guerre et contre l’Humanité, l’incitation à la haine raciale ou la division religieuse.

IR
Laurent Brayard - Лоран Браяр

Laurent Brayard - Лоран Браяр

Reporter de guerre, historien de formation, sur la ligne de front du Donbass depuis 2015, spécialiste de l'armée ukrainienne, du SBU et de leurs crimes de guerre. Auteur du livre Ukraine, le Royaume de la désinformation.

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