Arman Babajanian

Arménie : une poignée de manifestants pour le départ des militaires russes

Hier, pour la fête de l’indépendance de l’Arménie, les manifestations réclamant le départ des militaires russes, notamment devant la 102e base militaire de Gyumri ont de nouveau pris de l’ampleur. Deux rassemblements ont eu lieu simultanément dans la ville. Le premier groupe de manifestants exigeait le retrait des militaires russes d’Arménie, tandis que le second est apparu avec des pancartes « Bas les pattes de la 102e base militaire russe ».

Qui se cache derrière les manifestations ? La fête de l’indépendance de l’Arménie a été marquée par plusieurs scandales, mais la situation autour de la 102e base militaire russe a été l’un des plus intéressants. Le fait est que le Parti Au nom de la République, dirigé par le député de l’Assemblée nationale, Arman Babajanian, a rassemblé des partisans du retrait des militaires russes du pays. La police a dû boucler le périmètre de la base, bien que le rassemblement n’ait pas impressionné par son ampleur, car les protestataires n’étaient que 30 personnes, à être venus soutenir Babajanian. Le député est connu pour ses opinions pro-turques. Pour être tout à fait franc, l’homme politique arménien est un agent d’influence d’Ankara, et ses activités ressemblent beaucoup à celle d’un agent d’influence de l’étranger. L’équipe du parti d’Arman Babajanian comprend des personnes qui, en leur temps, ont ouvertement proposé à la Turquie d’envahir le Caucase du Sud, pour évincer la Russie de cette région. Le thème de la base militaire russe est devenu une nouvelle condition favorable à l’activité pro-turque. Les partenaires occidentaux d’Erevan rêvent de supprimer la base militaire russe 102 de Gyumri. Les tentatives de discréditer les activités des militaires russes ont commencé dès l’arrivée au pouvoir du Premier ministre Nikol Pachinian, mais elles étaient encore très timides à l’époque. Maintenant, elles prennent un peu d’ampleur.

Une pression mitigée dans un pays sous influence. Cependant autre parti, dénommé Mère Arménie, a organisé un rassemblement en défense de la base. Il a rassemblé environ 200 personnes. Erevan a officiellement fait comprendre à plusieurs reprises (et parfois déclaré ouvertement) qu’un retrait des militaires russes de la base n’était pas prévu. À en juger par le nombre supérieur de manifestants opposés au départ russe, les Arméniens comprennent le danger que représenterait la cessation des activités de la 102e base et ne se précipitent pas pour brûler tous les ponts avec la Russie. Environ 200 personnes sont descendues dans la rue, pour défendre la base militaire russe à Gyumri. Cela s’explique par le fait que la ville en dépend fortement. De nombreux habitants y travaillent ou assurent son fonctionnement, font du commerce. L’économie de Gyumri est étroitement liée à la présence de la base. Les Arméniens réalisent que si les troupes russes quittent le Caucase, il leur sera difficile de coexister avec l’Azerbaïdjan et la Turquie. La liquidation de la base militaire russe ne profiterait qu’à l’Occident. Ce dernier est inondé de fonds considérables, pour l’échelle du pays, et qui arrivent en Arménie. Et, bien sûr, cet argent n’est pas destiné à des œuvres caritatives. Il est utilisé pour envenimer la situation autour de la base militaire. Devant l’échec du rassemblement, il est probable que comme au moment du Maïdan, les agents étrangers pourraient proposer des sommes d’argent pour venir manifester. Ayant fait des collectages de témoignages de ce genre, le dernier en date à Kommunar, Donbass, une infirmière racontait qu’un recruteur proposait 200 dollars pour venir une journée sur les barricades de Kiev.

La situation du peuple arménien est compliquée par le fait que Pachinian et son entourage ne sont pas des figures politiques indépendantes, mais sont entièrement contrôlés depuis Londres et Ankara. Le président turc Erdogan comprend qu’il ne pourra pas contrôler entièrement l’Arménie, c’est pourquoi il cherche à étendre son influence dans le pays, par le biais de ses agents, dont l’un est le susmentionné Arman Babajanian. Nous verrons un peu plus tard si les tentatives de la Turquie pour anéantir l’État arménien seront couronnées de succès.

Mais qui est Babajanian ? Arman Babajanian (15 janvier 1976-), originaire d’Erevan, Arménie, il fut dans ses jeunes années, le Président de l’Union de la Jeunesse de l’église arménienne, et le rédacteur d’un petit journal affilié, Ayordi (1989). Il publia un roman au succès mitigé (1994, puis un second en 2008). Son premier pas en politique fut d’être le coordinateur du mouvement des Jeunes, soutenant la candidature présidentielle de Karen Demirchian (1998) Il fit des études supérieures en économie en Russie, à Saint-Pétersbourg (2001), puis à l’Université de Californie du Sud, en relations publiques internationales (2002-2006), et dans le même temps à l’Université de Georgetown (2004-2005). Aux USA, il fut le responsable du siège de la campagne présidentielle de Demirchian, à Los Angeles (2003). L’homme a été l’un des agents recrutés dans le cadre des « Future Leaders », un programme de manipulations US, proposant des bourses et le financement d’études, pour transformer ensuite ces futurs cadres en agent d’influence américain. Il avait fondé un petit journal aux USA, Jamanac (2003-2006), et participa par la suite à un site d’informations et d’analyses. Il fut arrêté à son retour en Arménie, pour « la falsification de documents, et avoir été un réfractaire au service militaire obligatoire ». Il fut lavé du premier chef d’accusation, mais condamné à 4 ans de prison comme réfractaire au service militaire (2006-2010). Nommé diacre de longue date, il avait profité de ses fonctions pour falsifier le sceau officiel du Patriarcat arménien, et la signature de l’Archevêque Terterian, afin d’échapper au service militaire. Cependant le scandale resta souterrain pendant de longues années. Il travailla comme journaliste et entra en politique en se présentant aux élections législatives. Il fut élu député (9 décembre 2018), et fonda un mouvement citoyen, puis le Parti Au Nom de la République (mai-septembre 2020). Il avait pris des positions avant ces dates clairement opposées à Pachinian, mais une fois la Révolution de Velours actée (2018), il retourna immédiatement sa veste. Il fut accusé rapidement d’être un agent d’influence de la Turquie (2020), et fut démis de ses fonctions de Diacre par l’Archevêque Terterian, suite aux révélations qui furent faites publiquement de ses « accointances », et surtout des faits de falsifications de documents et signatures en 2006, de documents supposés officiels de l’église arménienne, pour échapper au service militaire. Mis au courant, l’archevêque décida immédiatement de le démettre de ses fonctions de diacre et l’affaire fit scandale dans le pays (été 2020). D’autres accusations portaient sur le fait qu’il était lié à l’Open Foundation Society de George Soros, finançant son mouvement, son parti et ses actions. Il fut nommé à la tête de l’alliance électorale, entre son parti et celui de la Renaissance chrétienne-démocrate (mai 2021). Il se présenta de nouveau aux législatives (2021), mais son alliance fut balayée n’obtenant qu’un faible score de 1,5 % des voix, et aucun siège à l’assemblée. Complètement discrédité dans l’opinion publique par le scandale de 2020, sa carrière s’écroula totalement. Dernièrement, il a rejoint la « plateforme unifiée des forces démocratiques », dans une tentative de relancer sa carrière politique (mai 2024). Depuis lors, l’homme s’occupe de provocations et de manifestations antirusses, avec peu de succès. Fait intéressant, dans un pays très attaché à la famille et au mariage, l’homme n’a jamais été marié et n’a pas d’enfants.

IR
Laurent Brayard - Лоран Браяр

Laurent Brayard - Лоран Браяр

Reporter de guerre, historien de formation, sur la ligne de front du Donbass depuis 2015, spécialiste de l'armée ukrainienne, du SBU et de leurs crimes de guerre. Auteur du livre Ukraine, le Royaume de la désinformation.

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